International Le mouvement ANO d’Andrej Babis a obtenu 29,6 % des suffrages à l’issue des législatives.  Eclairage.

Je ne voulais pas faire de politique. Je suis très malheureux en politique. Elle a détruit ma vie." Pas de chance, le parti d’Andrej Babis, l’auteur de ces confidences faites l’an dernier au "Financial Times", vient de remporter les élections législatives en République tchèque. Son mouvement, l’ANO (Action des citoyens mécontents), fondé en 2013, a recueilli 1,5 million de voix, trois fois plus que le parti de droite libérale (ODS), arrivé deuxième. Et parmi les 200 députés élus, Andrej Babis a réalisé le meilleur score, en Bohême centrale où il se présentait. "Oui, c’est une victoire nette de Babis, plus importante que prévu. Il a séduit les électeurs âgés, peu éduqués, qu’il a volés aux communistes et aux sociaux-démocrates, qui accusent leur pire défaite depuis 1989. Cette élection témoigne d’un fossé générationnel entre les jeunes, à l’aise avec la mondialisation et les nouvelles technologies, qui ont voté massivement pour les Pirates, et les plus âgés, qui en cas de crise se raccrochent à un chef autoritaire comme Babis, comme sous le régime communiste", analyse Jiri Pehe, président de la New York University à Prague.

Un saut dans l’inconnu

Juste derrière l’ODS, deux partis antisystèmes, radicalement différents, réalisent une percée spectaculaire : les Pirates (10,8 %) et l’extrême droite virulente du SPD (10,7 %). Mais surprise, deux partis démocratiques - le rassemblement de maires indépendants STAN et les conservateurs pro-européens de TOP 09 - ont franchi le seuil d’éligibilité de 5 %. Résultat, "on se retrouve dans une impasse politique", souligne le politologue Jiri Pehe. "Former un gouvernement va être très compliqué." D’autant que plusieurs partis démocratiques ont dit qu’ils ne gouverneraient pas avec un homme poursuivi en justice. L’ex-ministre des Finances est soupçonné de fraude fiscale, de détournement de fonds européens.

Reste à savoir quel cap la Tchéquie va prendre dans les quatre ans à venir. Andrej Babis, fondateur d’un empire agrochimique et convaincu que l’"on doit gérer l’Etat comme on gère une entreprise", jurait de lutter contre la corruption et d’introduire plus d’efficacité en politique. Arguant que "le Parlement, c’est du bavardage", il avait promis d’abolir le Sénat et de réduire de moitié le nombre de députés. Mais il devra vraisemblablement y renoncer, faute d’une majorité pour modifier la Constitution. Pour le reste, c’est le saut dans l’inconnu.

Un allié en Autriche

D’après Radio Praha, "Andrej Babis maintient le flou artistique sur le contenu concret de son programme, naviguant entre une volonté de rigueur budgétaire, une suspicion nouvelle à l’égard de la construction européenne et un rejet de plus en plus marqué de l’accueil des migrants". Au soir de sa victoire, Babis a déclaré avoir "de toute évidence un allié en Autriche", M. Kurz, "qui partage nos idées sur l’immigration", une référence au discours de fermeté sur l’immigration tenu par le futur chancelier à Vienne.

La Tchéquie va-t-elle sinon se rapprocher des leaders hongrois et polonais du groupe de Visegrad ? Pas sûr. Babis reste un libéral, et non un conservateur ou un idéologue comme eux. Ce week-end déjà, il a envoyé des signaux plutôt rassurants à Bruxelles. "Nous sommes un mouvement pro-européen", a-t-il déclaré.

La campagne terminée, l’heure de la gouvernance a sonné. La politique n’a pas fini de détruire sa vie.