International

Je suis de tout cœur avec tous ceux qui ont perdu des proches ou qui sont sans nouvelle. Je suis personnellement touché."

Dans une salle de réception comble, l’ambassadeur d’Haïti en Belgique, Raymond Magloire ne cache pas son émotion. Lors d’une réunion informelle hier soir à l’ambassade à Bruxelles, il s’est adressé à la communauté haïtienne. Une septantaine de personnes se sont retrouvées pour partager tristesse et inquiétude. "C’est une rencontre familiale pour discuter et se réconforter", explique le journaliste Jean-Marie Gauthier, présent en renfort à l’ambassade depuis quelques jours. "C’est également et surtout l’occasion de rendre hommage aux nombreuses victimes du séisme." Quelques instants de prière ont été partagés en mémoire des disparus. Le 13 février prochain, une cérémonie de recueillement remplacera le carnaval.

La tenue d’une messe a par ailleurs été annoncée ce dimanche. "Après la cérémonie, une soupe sera servie !", lance avec un large sourire Abodi. Malgré l’incertitude et la tristesse dans les regards, c’est en effet le rire des Haïtiens qui prédomine dans la salle. "Avant tout, on est comme ça", explique Abodi. "Je suis sans nouvelle de ma famille mais je garde le sourire car je ne peux rien y faire." Claudette Werleigh, Première Ministre du pays entre 95 et 96, explique : "Le plus frustrant pour la diaspora, c’est de ne pas pouvoir communiquer." Et désignant une vieille femme en larmes à l’annonce de la perte d’une connaissance, elle ajoute : "Si les gens sont déjà traumatisés ici, imaginez ce qui se passe sur place. Il est très important qu’on reçoive de l’aide de personnes expérimentées dans de tels drames."

A l’ambassade même, plusieurs permanences sont prévues pour aider les Haïtiens de Belgique a surmonter le choc qu’ils ont subi. Deux spécialistes du traumatisme de l’Université de Liège et une Haïtienne offriront une aide psychologique et spirituelle. L’ambassadeur a aussi rappelé que la Croix Rouge avait ouvert une page en ligne pour retrouver des proches. "Beaucoup de gens sont collés au téléphone. Ils essaient d’appeler 100, 200 fois par jour. Le téléphone commence d’ailleurs à remarcher", explique Jean-Marie Gauthier. Au milieu de la réunion, une femme sort soudain de la salle, GSM en main. Soulagement, ce sont enfin de bonnes nouvelles du pays.

Alland’s, jeune étudiant à l’ULB n’ a pas encore eu cette chance. "J’essaie d’établir des contacts en passant par ma famille aux Etats-Unis. J’espère avoir des informations le plus vite possible. Je suis très stressé car j’ai appris par internet que deux de mes amis et leur mère étaient décédés. Ils habitaient à quelques mètres de chez moi."

Quelques Belges sont également venus soutenir la communauté, comme Johan Viaene, collectionneur d’art haïtien. "Ils ont l’esprit de famille et de folklore. C’est un peuple qui a une immense valeur humaine et qui ne parle jamais de misère." L’ambassade estime la communauté haïtienne de Belgique à 1500 ou 2000 personnes. Plusieurs dirigeants politiques ont d’ailleurs fait leurs études en Belgique. Le président René Préval lui-même a étudié l’agronomie à Gembloux et à Louvain.