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L’heure des mises en garde verbales est révolue. Pour la première fois, des tirs de roquettes, attribués à l’Iran, ont visé jeudi matin des positions dans le Nord d’Israël. L’Etat hébreu a aussitôt riposté, et aurait touché presque toutes les infrastructures militaires de l’Iran en Syrie, d’après le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman. Si l’attaque iranienne est confirmée, la confrontation entre Israël et Téhéran serait désormais directe.

Après des semaines de tension persistante, les premières lignes militaires entre les deux pays ennemis ont été franchies sur le plateau du Golan, territoire syrien dont une partie a été annexée par Israël en 1981. La riposte de Téhéran promise en février, après le raid de l’aviation israélienne contre une base en Syrie, en réponse à l’interception et la destruction d’un drone de facture iranienne dans l’espace aérien d’Israël, s’est illustrée jeudi à l’aube par le tir d’une vingtaine de roquettes à partir de la Syrie sur le Golan. Les frappes n’y ont fait aucune victime et les dégâts matériels restent minimes : certaines roquettes ont été interceptées par le système de défense antiaérien, et d’autres sont tombées en dehors du territoire israélien, a précisé l’armée israélienne.

En représailles, l’aviation israélienne a néanmoins mené une opération de très grande envergure, "et certainement la plus importante contre des cibles iraniennes", selon un de ses porte-parole, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus. Une cinquantaine de sites militaires iraniens en Syrie auraient été touchés : des sites de renseignement, de logistique, de stockage ou encore des postes d’observation, a-t-il poursuivi.

Le régime syrien a dénoncé une "nouvelle phase" dans la guerre en Syrie, qui dure depuis 2011. Il n’a cependant pas évoqué les tirs en direction d’Israël, laissant entendre que celui-ci aurait attaqué en premier. L’Iran, l’un des soutiens militaires de Damas, a gardé le silence. Selon la Russie, l’autre grand allié du régime syrien, 60 missiles auraient été lancés par 28 appareils israéliens et dix missiles sol-sol sont tombés en territoire syrien.

Les frappes israéliennes auraient en tout cas fait trois morts et deux blessés, selon l’armée syrienne. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) comptabilise, quant à lui, 23 militaires tués, syriens et étrangers.

Scénario prévisible

L’Etat hébreu, qui soupçonne l’Iran de vouloir installer durablement des bases militaires en Syrie, avait affirmé depuis quelques jours qu’une attaque iranienne depuis le territoire syrien se préparait. "L’armée israélienne était donc déjà prête, elle a donc pu réagir de façon très rapide", observe Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et membre de l’Institut d’études stratégiques de Jérusalem.

Malgré une "agression iranienne minime", l’armée israélienne a décidé d’user de la méthode forte, pour que l’effet soit suffisamment dissuasif. "L’Iran doit comprendre qu’il lui faudra payer le prix fort s’il essaie d’installer une machine de guerre en Syrie [pour attaquer Israël], poursuit M. Amidror. La détermination israélienne est plus forte que jamais." Jeudi soir, le Premier ministre israélien a affirmé que l’Iran avait franchi une "ligne rouge" en tirant des roquettes vers Israël depuis la Syrie.

Faut-il désormais s’attendre à un affrontement de plus grande ampleur entre Israël et l’Iran, depuis le territoire syrien ou via le Hezbollah, son allié libanais ? Si l’Etat hébreu "ne cherche pas l’escalade", il a néanmoins prévenu que toute nouvelle agression iranienne appellerait une réponse vigoureuse. "La balle est désormais dans le camp iranien", poursuit M. Amidror.

Dès jeudi, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Russie ont donc appelé Israël et l’Iran à la "désescalade" et au "dialogue", tandis que les Etats-Unis, alliés d’Israël et ennemis de l’Iran, ont déclaré soutenir "le droit d’Israël à se défendre". L’annonce par le président américain Donald Trump, mardi soir, du retrait des Etats-Unis de l’accord nucléaire iranien de 2015, a d’ailleurs sûrement contribué à la montée des tensions entre Israël - Benjamin Netanyahou soutenant depuis toujours M. Trump sur ce dossier - et l’Iran.

© AFP