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Ministre sous François Mitterrand pendant une décennie, puis président du Conseil Constitutionnel jusqu'à la fin des années nonante, Roland Dumas n'est visiblement pas un grand ami du Premier ministre Manuel Valls. Une relation froide que Dumas a évoquée au micro de Jean-Jacques Bourdin, sur les ondes de BFM/RMC : "Manuel Valls m'a agressé un jour, alors que je le connais à peine, sous prétexte que je défendais les Palestiniens face à Israël."


Il n'en faut pas plus à l'ancien ministre des Affaires étrangères pour décrire un Premier ministre "probablement sous influence juive" : "Il a des alliances, personnelles [...] chacun sait qu'il est marié avec quelqu'un qui a de l'influence sur lui" affirme Roland Dumas, évoquant le couple formé par Manuel Valls et la violoniste Anne Gravoin, qui ne fait pas un mystère de sa confession juive.


"Oui, il est sous l'influence de sa femme. Pourquoi ne pas le dire, puisque c'est une réalité?" affirme Roland Dumas. Un discours plutôt étonnant, puisqu'il fait écho à ceux de l'État islamique, qui affirme dans sa revue publiée en français que le Premier ministre "sioniste" a été "enjuivé" par sa femme.


"Des slogans pour faire de l'audimat"


Invité par Jean-Jacques Bourdin à se prononcer sur l'appel à l'unité "face à l'islamo-fascisme" lancé par Manuel Valls sur les ondes de RTL France, Roland Dumas ne manque pas l'occasion d'en remettre une couche sur le Premier ministre : "Tout le monde exagère. Le fascisme, ce n'était pas ça" [...] "Le fascisme c'est autre chose, on le sait. Ces discours, ce sont des slogans. C'est à celui qui trouvera le slogan le plus en vue pour faire de l'audimat."


Les réactions des politiciens


La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a dénoncé sur Twitter des propos "atterrants". "Roland Dumas nourrit l'antisémitisme ordinaire. Soutien à tous ceux qui combattent la haine".

Ce sont des "propos inacceptables", qui "dépassent l'entendement en mettant en cause le Premier ministre avec un vocabulaire d'extrême droite", a renchéri le PS dans un communiqué. Ils sont "indignes d'un socialiste décoré par la République" et "constituent une profanation morale de notre histoire nationale".

Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, s'est dit "révulsé". Proche de Manuel Valls, le sénateur PS Luc Carvounas a dénoncé des "propos nauséabonds", en rappelant que M. Dumas avait "apporté son soutien à Dieudonné en 2006" tandis que l'ex-ministre Benoît Hamon a lâché: "Dumas est écœurant".

Claude Bartolone, le président PS de l'Assemblée nationale, s'est dit, également sur Twitter, "révolté" par des propos "qui relèvent d'un antisémitisme ordinaire et d'un complotisme délirant", appelant à "ne rien laisser passer".

A droite, les propos de l'ancien ministre de François Mitterrand ont également été condamnés: "Les propos de Roland Dumas sur sont inadmissibles et proprement scandaleux Quel naufrage!", a tweeté l'ancien ministre UMP des Transports Dominique Bussereau.

"Roland Dumas va avoir 93 ans... L'âge du silence médiatique... ou de la révélation de la vraie personnalité? Ses propos sont odieux... comme lui?", a réagi le sénateur et ex-ministre UMP Roger Karoutchi.

Roland Dumas avait été proche de François Mitterrand, ce qui n'empêchait pas ce dernier de porter un regard sévère sur lui: "J'ai deux avocats, Robert Badinter pour le droit, Roland Dumas pour le tordu", disait l'ancien chef de l'Etat.

M. Dumas, ancien résistant et fils de résistant fusillé, a par ailleurs rejeté lundi l'expression "islamo-fascisme" employée par M. Valls. "Le fascisme, c'était pas ça, l'hitlerisme non plus, il ne faut pas exagérer". "Il y a une sorte d'escalade qui se produit, moi j'appelle à la raison", a-t-il dit.