International Un fonds anticorruption du principal opposant au régime de Poutine a révélé les avoirs de Dimitri Medvedev.  

Le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) de l’opposant Alexeï Navalny a fait éclater, jeudi, une véritable bombe à Moscou en publiant un film qui accuse de corruption Dimitri Medvedev, Premier ministre russe. Selon l’enquête du FBK, M. Medvedev possède un véritable empire immobilier financé par certains oligarques russes par le truchement des organisations caritatives qui sont dirigées à leur tour par un de ses cousins et par ses camarades d’université. Parmi ces richesses figurent des chalets de luxe à Sotchi et dans la banlieue de Moscou, un hôtel particulier à Saint-Pétersbourg, des vignobles en Russie et en Toscane avec un manoir du XVIe siècle, et deux yachts.

Achats compulsifs

Détail attendrissant, en trois mois, le chef du gouvernement aurait acheté 73 maillots bariolés, 30 shorts de bain et 20 paires de chaussures de sport.

Mme Timakova, porte-parole du Premier ministre, a déclaré "qu’il était inutile de commenter les attaques propagandistes du personnage de l’opposition qui a été condamné et qui prétend qu’il mène une campagne électorale et qu’il lutte contre le pouvoir". Le porte-parole présidentiel Dimitri Peskov s’est contenté, quant à lui, d’affirmer que "ce n’est pas la première frasque de ce condamné".

A son tour, Andreï Medvedev, qui figure dans l’enquête comme cousin du Premier ministre, a refusé de répondre à la question sur leur lien réel de parenté.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’opinion russe est demeurée dans sa grande majorité totalement indifférente à ces révélations. Pour un Russe moyen la richesse avait toujours été l’apanage exclusif du pouvoir, et il trouve cette situation absolument normale.

Dans ce contexte… très russe, la question centrale serait plutôt de s’interroger sur les raisons qui expliquent pourquoi le pouvoir tolère ce trouble-fête de Navalny et l’activité de son Fonds anticorruption ? Il est évident que la justice russe peut à tout instant transformer la condamnation avec sursis de Navalny en prison ferme. Mais, jusqu’ici du moins, elle s’abstient. Alexeï Portansky, professeur à l’Ecole supérieure d’économie, pense que M. Navalny joue un rôle aussi important que précis dans les méandres de la politique du Kremlin. Il rappelle que la condamnation de M. Navalny ne l’a pas empêché de participer aux élections pour la mairie de Moscou, en 2013, où il a obtenu la seconde place avec 27 % des voix. "Certes, il n’y a pas la moindre chance que M. Navalny participe aux élections présidentielles de 2018. Par contre, tout porte à croire que cette année il est chargé d’une autre mission", poursuit M. Portansky.

Disgrâce

Son attaque inattendue contre M. Medvedev semble indiquer que les données du problème de la succession au Kremlin ont changé. Cela ne signifie pas que M. Poutine déclare forfait, mais tout pourrait laisser penser que M. Medvedev soit tombé en disgrâce ou qu’il soit victime des intrigues de palais dont le but serait de le remplacer au poste de chef du gouvernement par une autre candidature de l’entourage de Vladimir Poutine. "Je ne serais nullement étonné s’il s’agissait en l’occurrence d’Igor Setchine", conclut le professeur Portansky.