International Une attaque en règle et imprévue contre le locataire du Kremlin.

Le Parti de la croissance conduit par Boris Titov, délégué aux droits des entrepreneurs auprès du président russe, procède actuellement au choix de son candidat en vue de l’élection présidentielle. Quatre personnes sont en lice : Alexandre Houroudji, secrétaire fédéral du parti, Dimitri Marinitchev, ombudsman d’Internet, Dimitri Potapenko, membre du conseil fédéral du parti, et Oksana Dimitrieva, députée de l’assemblée législative de Saint-Pétersbourg

Le Parti de la croissance a toujours été et demeure loyal au Kremlin et pourtant - véritable tremblement de terre - les candidats de cette formation, à la quasi-unanimité, ont demandé au président Vladimir Poutine de renoncer au pouvoir "pour saisir la possibilité unique de partir la tête haute".

"Tout le monde comprend qu’en 2018 il serait utile de voir au Kremlin un homme nouveau qui serait capable de transformer la Russie en un pays où on aura envie de vivre", a notamment expliqué Alexandre Houroudji.

Dimitri Marinitchev, lui, a déclaré qu’il ne pense pas qu’avec Poutine la Russie soit capable de restaurer de bonnes relations avec l’Occident. "Je ne pense pas que Poutine soit un avantage", a-t-il poursuivi, avec une dose d’euphémisme avant de préciser qu’il est contre la guerre au Donbass et en Syrie, et que la Russie ferait bien d’apprendre à agir suivant les critères du XXIe siècle où les frontières des Etats sont ouvertes en fonction du développement économique.

Nuance de taille

Point commun de ces discours sacrilèges; tous approuvent l’annexion de la Crimée. Mais ça ne minimise guère leurs refus de voir Poutine poursuivre à la tête de la Russie.

Dimitri Potapenko pense que les Russes auraient dû cesser de vénérer la figure du Président depuis longtemps pour ne pas marcher sur les traces du Turkménistan et de son culte de la personnalité. "La présidence est une fonction, pas un nom. Le peuple doit élire un dirigeant qui est soit un bon juriste, soit un bon manager. Et notre politique extérieure doit être basée sur la coopération étroite avec nos partenaires étrangers" , selon M. Potapenko .

Ces critiques ouvertes à l’adresse de Vladimir Poutine ne changeront rien dans le paysage politique de la Russie et surtout dans les intentions de M. Poutine lui-même qui prépare déjà sa campagne présidentielle en exhibant urbi et orbi son torse nu. Mais le tabou est rompu.

Hier encore, Alexeï Navalny, critique le plus acharné du régime poutinien, ne demandait que la possibilité de participer à la présidentielle. Jamais encore personne n’avait aussi ouvertement affirmé que la présence de Vladimir Poutine à la tête du pays était indésirable car nuisible aux intérêts de la Russie.

Un séisme qui aura des répliques

Alexeï Portansky, professeur à l’Ecole économique supérieure de Moscou, estime qu’il s’agit d’un symptôme qui aura des conséquences imprévisibles pour le scénario de la présidentielle. "Personne n’aurait jamais osé imaginer que le Parti de la croissance puisse être capable d’une telle hérésie. Certes, Boris Titov n’était pas présent lors de cette sortie mais il est impensable qu’il n’ait pas été au courant de ce qu’il s’y est dit. Cela veut donc dire que l’idée d’une Russie sans Poutine n’est plus interdite et je n’exclus pas d’autres surprises. En tout cas hier encore personne ne pouvait imaginer une telle tournure des événements, quand les hommes d’affaires conseillent au président de partir avant qu’il ne soit trop tard."