Russie: Pussy Riot n'en finit pas de faire des vagues

AFP Publié le - Mis à jour le

International

Le 21 février, cinq jeunes femmes se sont avancées sans bruit dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, avant d'enfiler des cagoules et d'entonner une chanson contre Vladimir Poutine. Ce coup d'éclat du groupe Pussy Riot n'a duré qu'une minute, mais n'a pas fini de faire des vagues.

A la suite de ce petit "concert" improvisé, trois d'entre elles ont été arrêtées et sont depuis quatre mois derrière les barreaux. Elles encourent jusqu'à sept ans de prison pour "hooliganisme" à l'issue de leur procès, entamé le 23 juillet et dont la prochaine audience aura lieu lundi dans la capitale russe.

Le chanteur du groupe de rock américain Red Hot Chili Peppers, Anthony Kiedis, et le Britannique Sting ont pris la défense des jeunes femmes, Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans, et Maria Alekhina, 24 ans. Cependant qu'Amnesty International les considère comme étant des "prisonnières d'opinion".

Une célébrité embarrassante pour Poutine et l'Eglise russe. En réagissant de façon si sévère, les autorités ont apporté une immense notoriété à ce groupe de punk rock il y a peu encore obscur et cela risque fort de se retourner en fin de compte contre Vladimir Poutine et l'Eglise orthodoxe, relèvent certains observateurs.

Le tribunal moscovite chargé de l'affaire Pussy Riot, qui a ordonné le maintien en détention des trois prévenues jusqu'en janvier 2013, a à cet égard rejeté sans surprise la requête des avocats de la défense en vue de faire citer en tant que témoins à la fois le président russe et le patriarche de Moscou et de toutes les Russies, Kirill.

Les enquêtes d'opinion montrent que les Russes éprouvent de plus en plus de sympathie pour la cause de ces femmes qui avaient interprété avec guitares et sonorisation une "prière punk" intitulée "Marie mère de Dieu - chasse Poutine !" afin notamment de dénoncer la collusion de l'Eglise et de l'Etat dans leur pays.

Selon un sondage réalisé ce mois-ci par le centre indépendant Levada, 50% des gens en Russie ont une vision "négative" de ce procès, contre 36% qui approuvent la comparution des accusées devant les juges, alors même qu'en mars, 46% estimaient qu'elles devaient être jetées en prison.

"Comparable à l'affaire Ioukos"

En juin, plus de cent acteurs et autres représentants du monde de la culture de premier plan, dont certains ont officiellement soutenu Vladimir Poutine dans le cadre de la dernière élection présidentielle, en mars dernier, ont signé une lettre ouverte appelant à leur libération.

Une des Bouranovskie Babouchki, les vieilles villageoises qui ont représenté la Russie à l'Eurovision-2012, s'est elle aussi indignée du sort réservée aux jeunes femmes.

De très sérieux commentateurs ont été jusqu'à établir un parallèle entre le cas des trois membres de Pussy Riot et celui de Mikhaïl Khodorkovski, l'ex-richissime homme d'affaires et détracteur du régime emprisonné depuis 2003. "Trois filles hardies sont à l'origine d'une grandiose affaire judiciaire comparable à l'affaire Ioukos", du nom de la compagnie pétrolière dont M. Khodorkovski était le patron, écrivait ainsi jeudi le journal économique Vedomosti.

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