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Pour la seconde fois, une cour d’assises française a jugé des Rwandais accusés de génocide dans leur pays en 1994 (un million de morts entre avril et juillet). Les deux hommes ont été jugés coupables de crimes contre l’humanité et de génocide. Les juges parisiens les ont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité.

Deux bourgmestres

Quatre procès contre des génocidaires rwandais ont eu lieu en Belgique. Il y en a eu d’autres en Suède, en Norvège, en Finlande, au Canada, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse et aux Etats-Unis. La France est le pays qui a accueilli le plus de présumés génocidaires sur son sol, après avoir appuyé le gouvernement du génocide.

Après un des organisateurs du génocide en 2015, le capitaine Pascal Simbikangwa, condamné à 25 ans de réclusion, la cour d’assises de Paris jugeait cette fois deux exécutants : deux bourgmestres - l’ancien, toujours influent, Tito Barahira, 65 ans, et celui en fonction, Octavien Ngenzi, 58 ans - pour leur rôle dans l’organisation du massacre de plus de deux mille paysans tutsis dans l’église de Kabarondo (est du Rwanda), à la mi-avril 1994. Les survivants seront achevés à leur sortie de l’édifice, après avoir présenté leur carte d’identité, qui comportait l’ethnie.

Impuissants, dit la défense

Les deux accusés, qui nient toute participation aux massacres, ont plaidé essentiellement leur impuissance à protéger leurs concitoyens et tenté de décrédibiliser les témoignages accusateurs. Si on les a vus organiser les attaques contre les Tutsis, la défense a plaidé le "doute raisonnable", qui devrait, selon elle, profiter aux accusés. Et d’assurer que s’il s’était opposé aux massacres, Ngenzi aurait lui-même été tué, tout en faisant valoir le mauvais état de santé de Barahira.

S’improvisant experte en histoire du génocide, l’avocate de Ngenzi n’a, selon les parties civiles, pas hésité à remettre en cause le nombre de victimes du génocide. "Il n’y avait que 800 000 Tutsis au Rwanda. Il n’y a donc pas eu plus de 600 000 morts tutsis et 300 000 ou 400 000 qui ne sont pas des morts du génocide", n’aurait ainsi pas hésité à affirmer Me Françoise Mathé, dans une arithmétique plus ébouriffante qu’étayée.

Partout où il passe, un massacre

L’avocat général avait requis la perpétuité contre les deux hommes, Barahira "actif" qui "donne des instructions" et se mêle aux tueurs, Ngenzi qui les "supervise". Alors que la défense recourt au "doute" en raison d’imprécisions dans les déclarations de certains témoins, pour des faits survenus il y a 22 ans, l’avocat général fait le parallèle avec les tueries du 13 novembre 2015 à Paris, se demandant si la défense aurait osé parler de "doute" si certains éléments des témoignages avaient été oubliés.

Et de souligner que partout où passe Ngenzi, suit un massacre de Tutsis. Et d’estimer que s’il fait enterrer les victimes, ce n’est pas par compassion mais pour éviter de laisser des traces alors que le FPR (rébellion tutsie) n’est pas loin de Kabarondo; c’est d’ailleurs le FPR qui protégera les quelques rescapés des massacres dans cette localité lorsqu’il y parviendra, quelques jours plus tard.

Et si ce dernier commettra des exactions, comme l’a plaidé la défense, "en quoi cela exonérerait-il les accusés des massacres d e Kabarondo ?", plaide l’avocat général. "Faudrait-il absoudre les crimes de Hitler parce que Staline en a commis ?"