International Le chef de l’Etat enregistre une chute sans précédent dans les sondages.

Chaque jour apporte son lot de révélations dans l’affaire Benalla, première crise politique majeure du quinquennat Macron, emportant dans son sillage le chef de l’Etat qui était pourtant ressorti intact des précédentes affaires ayant ébranlé son gouvernement.

"Le maître des horloges en a pris un coup. Et, ça, ça va rester", note Didier Maus, professeur de droit public répondant à l’AFP. Les sondages le montrent : le Président tombe à son niveau le plus bas depuis son entrée en fonction, 36,6 % d’opinions favorables selon une moyenne de sept instituts de sondage.

Une dégradation de son image qui pourrait avoir des conséquences à long terme selon Christian Delporte, historien et spécialiste en communication politique : "Autant il est difficile de se construire une image, autant il est très rapide de la déconstruire. On a ensuite beaucoup de mal à s’en remettre. On l’a vu avec Sarkozy, on l’a vu avec Hollande, et on le verra peut-être avec Macron."

Du pain bénit pour l’opposition qui fustige la "toute-puissance de l’Elysée, sans frein", selon les mots du président LR de la commission des Lois, Philippe Bas. Le candidat d’En marche avait fait campagne sur la promotion d’une République exemplaire et sur la moralisation de la vie politique. 

Une promesse déjà entachée par les affaires de financement des assistants parlementaires et d’emplois fictifs au début de son mandat, impliquant notamment le Garde des sceaux François Bayrou et le président du groupe parlementaire de la République en marche (LRM) Richard Ferrand.

Echec du nouveau monde

"La République exemplaire n’est pas la république qui fait zéro faute", s’est défendu le Président au micro de France Bleu Béarn. Mais pour Christian Delporte, au-delà de la République exemplaire, le principal échec, c’est que le "nouveau monde" proposé par Emmanuel Macron "ressemble sérieusement à l’ancien". "Cette vision du nouveau monde est en train de s’écrouler parce qu’on s’aperçoit qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil" , poursuit le spécialiste. "Il avait promis plus de transparence, et on s’aperçoit que ce n’est pas le cas. Ce n’est pas l’affaire Benalla en tant que telle qui joue, c’est ce qu’elle révèle du fonctionnement de Macron. C’est cela qui risque de lui être préjudiciable."

S’il dispose encore de temps, trois ans et demi, pour inverser la tendance, tout va se jouer lors des prochaines échéances électorales selon le spécialiste. "S’il va d’échec en échec, ce sera difficile pour faire passer ses réformes. La réforme constitutionnelle est mal partie. D’autant qu’il s’agissait de vaincre les réticences du Sénat. Je ne suis pas sûr que le Sénat aujourd’hui soit très tenté de céder aux attentes d’Emmanuel Macron. S’il n’arrive pas à avoir une large majorité au Sénat, il n’y aura pas de réforme constitutionnelle."

Nouveaux éléments dans l’enquête

L’affaire a par ailleurs connu un nouveau rebondissement : Alexandre Benalla, conseiller du président, inculpé à cause d’une vidéo le montrant en train de brutaliser des manifestants, aurait reçu des images de vidéosurveillance des mains de trois policiers afin de l’aider à organiser sa défense. Les trois policiers ont été mis en examen pour "violation du secret professionnel" et "détournement d’images issues d’un système de vidéoprotection".

Des points noirs demeurent dans l’affaire, notamment la disparition momentanée d’armes lors de la perquisition du domicile de l’ancien chargé de mission de l’Elysée, ce qui laisse suspecter que certaines d’entre elles auraient pu être enlevées dans la nuit précédant l’intervention. 

Par ailleurs, on ignore toujours qui a fourni à M. Benalla le sac contenant l’équipement qu’il portait lors des faits. Son implication dans d’autres violences commises au Jardin des plantes reste enfin à déterminer.