Saamiya, athlète somalienne au destin tragique

V. Van Vyve Publié le - Mis à jour le

International

Lors des Jeux Olympiques de Pékin, Saamiya Yusuf Omar portait le dossard 2895. Oh, elle n'avait pas marqué les esprits pour sa performance sur 200m, finissant bonne dernière de sa série en 32 secondes et 16 centièmes. Pourtant, elle avait ému. Saamiya était l'une des deux seules athlètes représentant la Somalie. Elle avait d'ailleurs été désignée porte-drapeau de ce pays d'Afrique de l'est.

On parlait alors de sport en Somalie plutôt que de sécheresse, de famine, de combats entre groupes armés ou de pirates. On parlait alors de cette athlète qui avait réussi à braver ces obstacles pour atteindre le rêve de tous les sportifs en ce bas monde, sous le regard circonspect et désapprobateur des fondamentalistes musulmans.

"Cela a été très beau de défiler avec les meilleurs athlètes du monde", déclarait-elle alors à la presse. Une expérience, un exploit que Saamiya n'a pu réitérer lors des Jeux Olympiques de Londres.

Ce beau début d'histoire s'est arrêté net. Ou plutôt, les vagues de la Méditerranée s'en sont chargées. Saamiya Yusuf Omar est décédée en avril dernier en tentant de rejoindre, à partir des côtes libyennes, le continent européen, à bord d'un rafiot, comme tant d'autres avant elle, désireuse de trouver sur le vieux continent un avenir meilleur.

Saamiya Yusuf Omar n'est jamais arrivée en Italie. Mais qui s'en est inquiété, finalement ? Abdi Bile, ancien athlète somalien, a posé cette question, comme un affront, lors d'une rencontre publique avec des membres du comité olympique somalien : "Savez-vous ce qu'est devenue Saamiya Yusuf Omar ?" Avec le silence pour seule réponse.

Une tragique histoire qui trouve son reflet positif dans celle de Mo Farah, réfugié somalien en Grande-Bretagne devenu champion olympique sur 5.000 et 10.000m. Igiaba Scego, écrivaine italo-somalienne, s'est chargée d'écrire l'histoire de cette jeune somalienne de 21 ans afin de faire voir au monde les deux visages de ce pays.

Selon le blog Fortress Europe, cité par lemonde.fr, près de 18 000 personnes seraient mortes comme elle, en Méditerranée, au cours de ces vingt dernières années. Alors, revient cette interrogation: combien de Saamiya Yusuf Omar et autant de destins brisés y aura-t-il encore ?

Publicité clickBoxBanner