International Il était l’un des nombreux détenus du régime. Bassel Safadi, informaticien doué, est mort.

Bassel Safadi, un jeune informaticien promis à un brillant avenir, a été exécuté en octobre 2015 par les autorités syriennes dans la prison d’Adra où il était détenu, ont annoncé son épouse, Amnesty international et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

On était sans nouvelles de lui depuis deux ans et des rumeurs sur sa mort avaient circulé. Mais, dans un message posté sur son compte Facebook dans la nuit de mardi à mercredi, Noura Ghazi n’a laissé aucun espoir.

"Les mots me viennent difficilement au moment où je m’apprête à annoncer […] la confirmation de la peine de mort et l’exécution de mon mari Bassel Khartabil Safadi, écrit-elle. Il a été exécuté quelques jours après avoir été transféré à la prison d’Adra […] C’est une perte pour la Syrie, c’est une perte pour la Palestine, c’est une perte pour moi." L’épouse ne précise pas comment elle a eu confirmation de son décès.

Militant d’un Internet libre et ouvert

Bassel Safadi, de père palestinien et de mère syrienne, faisait partie de cette génération de jeunes Syriens qui avaient pris fait et cause pour un changement de régime en Syrie dans la foulée du Printemps arabe en 2011. Informaticien, il avait créé plusieurs sociétés à Damas, dont l’entreprise de recherche collaborative Aiki Lab. Dans une Syrie fermée à la liberté d’expression, il préconisait une société ouverte sur le monde. Il collaborait à plusieurs programmes open source comme Wikipedia, Mozilla Firefox, Creative Commons et Openclipart. "Sa mort est un rappel terrible de ce que de nombreux individus et familles risquent pour rendre la société meilleure", a réagi Creative Commons.

Il avait été arrêté en mars 2012. Son compte Twitter, toujours accessible, montrait combien il se méfiait des "activistes" qui se réclamaient de la révolution syrienne et combien aussi il aspirait à un changement de société pacifique. Il avait retweeté, quelques jours avant son arrestation, un message de Whats’App soulignant que son service de messagerie avait été fermé dans son pays. En octobre 2015, juste au moment de son exécution, le célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT) lui avait offert une position de chercheur dans son Media Lab.

Durant sa détention, Bassel Safadi a été soutenu sur le plan international par de nombreuses organisations comme Human Rights Watch (HWR), des députés européens, ainsi que par une campagne sur les réseaux sociaux avec le hashtag #FreeBassel.

Mais le régime syrien n’a jamais infléchi sa décision.

Le rapport d’Amnesty

Dans un rapport publié il y a un an, Amnesty estimait que les détenus sont systématiquement torturés dans les prisons syriennes. "En moyenne, plus de 300 personnes y meurent chaque mois", précisait l’organisation internationale, qui dénonce "des crimes contre l’humanité" commis dans le système carcéral syrien.