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La montée en puissance des groupes islamistes radicaux met en danger la liberté religieuse et la survie à long terme du christianisme au Moyen-Orient, estime l’organisation Aid to the Church in Need dans un rapport impressionnant, publié ce jeudi, qui répertorie les persécutions contre les chrétiens dans le monde depuis 2011.

" Les objectifs de ces groupes islamistes incluent l’éradication - ou au moins la soumission - de la chrétienté ", souligne le rapport "Persecuted and Forgotten ?" qui a été présenté à la presse hier au Royaume-Uni. "Bien financés, bien connectés politiquement et disposant d’un entraînement et d’un équipement militaire high tech, ces groupes radicaux ont porté des coups sévères aux communautés chrétiennes, en semant la mort et en détruisant des églises."

Le rapport parle d’un " Hiver chrétien " succédant au "Printemps arabe ", mais remonte à la guerre d’Irak de 2003 et au conflit sectaire qui a succédé à l’intervention américaine pour expliquer l’exode des premiers chrétiens. Un chiffre dit tout : avant la guerre, l’Irak comptait 1,4 million de chrétiens ; aujourd’hui, il n’y en a plus que 300 000. Une partie des réfugiés s’étant installée en Syrie, ceux-ci ont à leur tour été chassés, pris dans la guerre civile avec d’autres communautés. Des villages chrétiens autour de Homs ont été vidés et le meurtre d’un prêtre à Damas en octobre 2012, puis l’enlèvement de deux évêques d’Alep, en avril 2013, a fait le reste. Le rapport cite aussi le cas d’une jeune chrétienne de 15 ans, habitant Qousseir, qui aurait été violée quinze fois par des jihadistes du groupe Al-Nosra. Ce cas rapporté par deux prêtres de Qousseir n’a pas pu être vérifié.

Puis sont survenus les événements d’Egypte, et surtout les violences d’août dernier qui ont vu près de 80 églises et autres édifices chrétiens être attaqués sous le prétexte que la hiérarchie copte a soutenu le coup d’Etat militaire contre l’ancien président Morsi. La branche britannique d’Aide à l’Eglise en détresse (une organisation pontificale reconnue par le Vatican) estime que 200 000 chrétiens ont déjà quitté l’Egypte sur une communauté totale de dix millions.

Le rapport pointe du doigt certaines fatwas qui circulent sur le Net, parfois totalement fantaisistes. Mais d’autres sont bien réelles, comme celle du Grand Mufti d’Arabie saoudite qui, en mars 2012, a déclaré qu’il fallait détruire toutes les églises chrétiennes se trouvant dans les pays du Golfe, puisqu’il n’y avait qu’une seule religion dans cette partie du globe : l’islam. Cheikh Abdul Aziz ibn Abdullah est la plus haute autorité religieuse du royaume saoudien.

En Afrique également

La poussée des radicaux se fait également sentir en Afrique, principalement au Nigéria, où sévit le groupe Boko Haram mais aussi en Erythrée, au Soudan, en Tanzanie, en République centrafricaine et au Mali.

L’organisation chrétienne souligne qu’en dépit des pressions radicales, ses contacts sur le terrain indiquent que " beaucoup - si pas la plupart - des locaux résistent à l’extrémisme et veulent vivre en paix et prospères avec leurs voisins ".

Le rapport se penche aussi sur le sort des chrétiens dans les pays ex-communistes et ne trouve que quatre pays où les choses se sont améliorées récemment : Cuba, le Laos, le Zimbabwe et l’Irak où plusieurs milliers de chrétiens sont revenus, chassés de Syrie.

En 2010, la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) estimait que 75 % des persécutions religieuses concernaient la religion chrétienne. Aide à l’Eglise en détresse parle aujourd’hui du christianisme comme de "la religion la plus persécutée du monde" qui risque d’être évincée de pays où elle était jusqu’ici établie depuis des siècles.Christophe Lamfalussy

Le rapport peut être lu en anglais sur www.acnuk.org/persecution à partir de ce jeudi midi.