Sarkozy dans le collimateur des juges

Bernard Delattre, correspondant permanent à Paris Publié le - Mis à jour le

International

Les choses n’ont pas traîné. Ce n’est qu’à la mi-juin que Nicolas Sarkozy est redevenu un justiciable comme un autre : un mois après son départ de l’Elysée, à la mi-mai. Mardi matin, soit deux semaines seulement après son retour à la vie civile, l’ancien président a été perquisitionné.

En vacances en famille au Canada depuis lundi, il n’a pas assisté à ces devoirs judiciaires, qui se sont déroulés en présence de son avocat. Ont successivement été perquisitionnés, à Paris, son domicile (la maison de Carla Bruni-Sarkozy), son nouveau bureau (que la République met à sa disposition), ainsi que le cabinet d’avocats dans lequel il a des parts (où il n’a pas travaillé depuis onze ans). Une dizaine de policiers de la brigade financière ont procédé à l’opération, conduite par le juge d’instruction bordelais qui instruit un des scandales politico-financiers présumés dans lequel le nom de Nicolas Sarkozy a été cité.

En l’occurrence, il s’agit du volet politique de la tentaculaire "affaire Bettencourt", du nom de la milliardaire Liliane Bettencourt. Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir illégalement fait financer par elle une partie de sa campagne présidentielle de 2007. Ce possible financement occulte, s’il est avéré, se doublerait d’un abus de faiblesse. Puisque, à l’époque, d’après les expertises, la femme la plus riche de France était déjà dans un état diminué.

Ces fonds auraient transité par deux hommes, tous deux mis en examen. L’ex-ministre UMP du Budget Eric Woerth, qui, en 2007, était le trésorier de la campagne sarkozyste. Et le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, à l’époque : Patrick de Maistre, qui fut aussi l’employeur de l’épouse du ministre. Selon des témoins, le duo s’est rencontré à diverses reprises en 2007, après que Patrick de Maistre eut retiré de fortes sommes des comptes bancaires suisses de la milliardaire. Les mis en examen nient toute remise de fonds, et donc tout financement occulte.

Nicolas Sarkozy, quant à lui, a toujours balayé ces accusations, insistant sur le fait que les comptes de sa campagne de 2007 ont été validés sans aucune réserve, à la fois par la commission officielle ad hoc et par le Conseil constitutionnel. Mais l’ancienne comptable de la milliardaire a fait état de plusieurs visites qu’il aurait rendues, pendant la campagne de 2007, à l’hôtel particulier des Bettencourt : à Neuilly, son fief de la banlieue de Paris. Et, dans une ordonnance, le magistrat bordelais a conclu à la nécessité d’"investigations" supplémentaires en la matière.

A la mi-juin, Nicolas Sarkozy avait pris l’initiative de remettre à la justice, via huissier, une copie de son agenda officiel de l’époque. Qui, selon lui, démontre l’impossibilité matérielle de "ces rendez-vous secrets" allégués - hormis un entretien "de courtoisie" , présenté comme aussi bref qu’anodin, en février 2007. Cela n’a donc pas empêché le juge de mener ces perquisitions, mardi.

L’avocat de l’ex-chef d’Etat les a qualifiées d’"actes inutiles" . Le n°1 de l’UMP, Jean-François Copé, a refusé de les commenter. L’ex-ministre Christian Estrosi, proche de Nicolas Sarkozy, s’est dit "totalement serein" à leur égard. Le député FN et avocat Gilbert Collard, en revanche, doutant de l’" impact" de ces actes judiciaires, a raillé leur caractère "tardif" et "annoncé" - qui, selon lui, permettait la "dissimulation" de preuves éventuelles.

L’ex-président a fait remettre au juge les noms des agents de sécurité qui, en 2007, assuraient en permanence sa protection rapprochée. Selon sa défense, le témoignage de ces officiers assermentés constituerait une preuve de plus de l’innocence de leur client.

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