Sarkozy, président éphémère, doit se réinventer

Caroline Grimberghs Publié le - Mis à jour le

International

Nicolas Sarkozy s’est entretenu ce mardi avec le président du Conseil national syrien. Est-ce, déjà, le retour à l’avant-scène de l’ancien président français ? Il avait nommé, il y a quelques semaines, son nouveau chef de cabinet, ainsi qu’une conseillère aux affaires internationales. Un cabinet pour un ancien Président sans velléités politiques affichées, voilà qui fait s’interroger le Landerneau politique sur les perspectives d’avenir de Nicolas Sarkozy, retraité à l’âge précoce de 57 ans. “Je suis convaincu que Sarkozy pense à son retour”, commente Philippe Goulliaud, chef du service politique au Figaro. “Il n’aime rien d’autre que la politique”.

Un produit marketing en manque d’épaisseur

Mais y penser ne suffit pas. Virginie Martin, politologue et sociologue française, qui ne nie pas son mépris vis-à-vis du “personnage” incarné par Nicolas Sarkozy pendant sa présidence, trouverait ce retour incongru. ‘Il a été un président comète, qui a choisi de mener sa présidence comme un manager. Il serait étrange qu’il parvienne à adopter une posture de sage, comme aurait pu le faire un Mitterrand. La stratégie managériale pour laquelle il a opté fait de lui un produit marketing éphémère. Il a été un Coca-Cola omniprésent. Mais quand on joue la carte du produit médiatique, on doit en assumer les aspects négatifs : on vous oublie très vite. Son rendez-vous politique a été accompli, mais son rendez-vous “sacré”, “institutionnel” est complètement raté.

Une analyse tempérée par le journaliste du “Figaro” : “En politique, on n’est jamais vraiment fini. Il est encore suffisamment jeune et en forme pour avoir envie de revenir au tout premier plan. En se rappelant au bon souvenir des Français en pleine trêve estivale, il montre qu’il n’a rien abdiqué de sa volonté de peser”.

Ils sont peu, sur le territoire français, à avoir dû ou à devoir gérer une après-présidence. Georges Pompidou est mort dans l’exercice de ses fonctions, Charles de Gaulle est mort un peu plus d’un an après avoir abandonné le pouvoir, François Mitterrand neuf mois après sa fin de règne. Deux d’entre eux sont encore en vie aujourd’hui : Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. Ce dernier avait 75 ans au moment de l’arrivée au pouvoir de son successeur, un âge raisonnable pour prendre sa pension après 12 ans de présidence. VGE n’avait lui que 55 ans et tenta une reconversion politique à un moindre niveau : l’homme redevint simple député dès 1984. "Il avait un profil profondément différent de technocrate polytechnicien, capable d’un grand recul. L’orgueil de Sarkozy lui empêcherait d’opter pour cette reconversion en bas de l’échelle” explique, Virginie Martin. Mais la politologue tempère immédiatement : “Sarkozy est surprenant... C’est quelqu’un qui peut tout faire. Même un retour en modestie et en humilité n’est pas à exclure“.

Même constat quant à la question de 2017 : “Théoriquement, politiquement, c’est inconcevable. Mais Sarkozy utilise des armes qui lui sont propres, jouant sur le marketing, l’émotionnel, et sur ces tableaux-là, les raisonnements sont différents. Avec ce genre de personnage qui a si peu de substance fondamentale et de colonne vertébrale structurée, tout est possible, même un coup de poker”.

Philippe Goulliaud, du “Figaro” abonde dans le même sens. “Une candidature de Sarkozy en 2017 est parfaitement envisageable. En outre, l’envie de prendre une revanche doit être très forte et il n’a pas d’estime ni pour Hollande ni pour les éventuels successeurs à droite. Mais quand on a été battu à la présidentielle, cela paraît vraiment très difficile de se faire réélire”. Jérôme Chapuis, journaliste chez RTL, est du même avis : ce sera difficile, mais pas impossible. « La vie politique française est tellement extraordinaire. Après tout, on n’a jamais cru que François Hollande deviendrait président... »

Le virage est difficile à amorcer pour un omni-président hyperactif comme Nicolas Sarkozy. “En cas d’échec, j’arrête la politique. Vous n’entendrez plus parler de moi !” déclarait-il pendant la campagne. “Mon engagement sera désormais différent”, tempère-t-il au lendemain de sa défaite face à François Hollande. Peur du vide ? Sarkozy fanfaronne moins et ne déclare pas à tue-tête qu’on ne l’y reprendra plus. Plusieurs options s’offrent à lui aujourd’hui. “Reprendre son métier d’avocat, c’est peut-être ce qui lui irait le mieux” juge Virginie Martin.” Ou un rôle symboliquement valorisant, à la Blair ou à la Clinton, de grand conférencier. Il est encore trop “oursin” pour ça aujourd’hui et devrait parvenir à créer de l’unanimité autour de sa personne pour que cela fonctionne”. Phillipe Goulliaud enchaîne : “Aborder la question syrienne, est-ce pour revenir en politique intérieure, avec le congrès de l’UMP en ligne de mire, ou pour manifester sa disponibilité pour une mission diplomatique façon Blair ? L’un n’empêche pas l’autre. Mais Sarkozy ne raffole pas des voyages et parle mal anglais, ce qui peut limiter son envie de passer sa vie à faire le tour du monde”.

« Sarkozy n’est pas fait pour les grandes vacances »

Virginie Martin conclut : “Gardant à l’esprit qu’il a morcelé la France à force de regarder les gens comme des parts de marché, il vaut mieux qu’il se taise. Mais connaissant le personnage, cela me paraîtrait surprenant”. Jérôme Chapuis (RTL) confirme : « Cela montre bien qu’il n’est pas guéri. Il parlait du pouvoir comme d’une drogue, disant qu’il allait devoir se désintoxiquer. Il est clair qu’il n’y est pas parvenu et qu’il n’a pas complètement renoncé à jouer un rôle dans son propre pays ».

“Je pense qu’il cherchera à revenir” juge le journaliste du Figaro. “Tous ceux qui ont quitté le pouvoir le disent : le retour à une vie normale est très difficile. La solitude est grande, l’ennui et la désillusion guettent. Sarkozy n’est pas fait pour les grandes vacances”. Des grandes vacances un peu trop longues semble-t-il, pour l’ex-président en mal d’activités. « C’est le moment qui me surprend le plus » commente Jérôme Chapuis (RTL). « Son entourage disait qu’il n’y avait pas d’urgence, qu’il s’exprimerait à la rentrée. Trois mois après avoir quitté le pouvoir, c’est vraiment très tôt pour tenter, déjà, de se positionner. Et même politiquement, je ne vois pas ce qu’il a gagné. C’est déconcertant ! Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas de hasard. Il savait très bien ce qu’il faisait en faisant cette déclaration maintenant. Une déclaration qui, évidemment, a piqué au vif la nouvelle majorité». En intervenant en plein mois d’août, alors que François Hollande passe ses vacances à Brégançon, il s’assure un coup médiatique digne de l’omni-ex-président qu’il entend peut-être redevenir.

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