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L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner a comparu lundi dans le cadre d'une vaste affaire de corruption sous sa présidence, dénonçant une "persécution politique" de la part d'un juge "partial". Mme Kirchner, présidente de 2007 à 2015, s'est rendue lundi matin au tribunal de Comodoro Py, à Buenos Aires, où elle a déposé une déclaration écrite au bureau du juge Claudio Bonadio, chargé d'instruire le scandale des "Cahiers de la corruption": 160 millions de dollars de post-de-vin versés par des entreprises à l'administration Kirchner entre 2005 et 2015.

Le juge la soupçonne d'avoir été à la tête d'un système de corruption dans le secteur des travaux publics, à travers lequel le ministère de la Planification recevait des pots-de-vin de grandes entreprises du BTP.

Cristina Kirchner a récusé le juge Claudio Bonadio, qui l'avait convoquée, jugeant qu'il était aux ordres du pouvoir. "Depuis le 15 décembre 2015, on m'a fabriqué six affaires pénales et toutes à Comodoro Py. Sur les six, cinq ont été initiées ou sont instruites par Bonadio", a-t-elle accusé.

Sous-entendant que le système existait bien avant elle, elle rejette les accusations selon lesquelles son mari Nestor Kirchner (président de 2003 à 2007 et décédé en 2010), aurait créé "le système de cartellisation des travaux publics à partir du 25 mai 2003 (date de son arrivée au pouvoir), dans un pays dont le président est Mauricio Macri, fils de Franco, cousin d'Angelo Calcaterra".

Mme Kirchner fait ainsi référence à Angelo Calcaterra, cousin germain du président actuel, qui a admis avoir ordonné le versement de centaines de milliers de dollars en liquide à des fonctionnaire kirchnéristes, à leur demande. Alors qu'un dirigeant de son entreprise IECSA était convoqué par le juge, il s'est présenté spontanément dans le bureau du juge et a obtenu le statut de "repenti" pour avoir collaboré avec la justice.

Dans le cadre des "Cahiers de la corruption", huit hauts fonctionnaires du ministère de la Planification ont été interpellés et plus d'une dizaine de chefs d'entreprises arrêtés. La corruption sous les Kirchner n'est pas une nouveauté, mais c'est la première fois que la justice prend des mesures contre des patrons de grandes entreprises.

Alors que l'ex-président brésilien Lula est sous les verrous au Brésil et que des procédures visent d'autres dirigeants de la gauche latino-américaine, Mme Kirchner y voit "une nouvelle stratégie régionale pour proscrire dirigeants, mouvements et forces politiques qui ont permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté et leur ont donné des droits, durant les 15 premières années du XXIe siècle".