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L'acteur américain Sean Penn était dimanche la cible de critiques et de moqueries aux Etats-Unis après la publication dans le magazine Rolling Stone du récit de sa rencontre clandestine avec Joaquin "El Chapo" Guzman, arrêté vendredi au Mexique.

A droite, certains accueillaient avec consternation la nouvelle que l'acteur, très engagé à gauche, avait secrètement interviewé un baron de la drogue recherché par les autorités. La rencontre a eu lieu en octobre, et l'article a été publié samedi soir sur le site de Rolling Stone. "Je ne savais même pas qu'il existait encore", a lâché Marco Rubio, sénateur candidat aux primaires républicaines pour la Maison Blanche, sur la chaîne ABC. "Si l'un des acteurs américains qui a profité de la grandeur de ce pays, a gagné de l'argent dans notre système de libre entreprise, tient à aller flatter l'ego d'un criminel et trafiquant de drogue dans une interview, il a le droit constitutionnel de le faire. Je trouve ça grotesque".

L'un des plus grands avocats du droit de la presse, interrogé dimanche par l'AFP, excluait toute possibilité de poursuite pénale contre Sean Penn. "Le simple fait de parler avec lui ne représente aucun risque pénal selon le droit américain", a expliqué Floyd Abrams, avocat du cabinet Cahill Gordon & Reindel à New York.

La Maison Blanche a éludé la question de l'éthique et de la légalité de l'interview, tout en dénonçant les propos tenus par le trafiquant.

Le secrétaire général de la présidence, Denis McDonough, a toutefois estimé dans une déclaration ambigüe sur CNN que l'interview soulevait "beaucoup de questions intéressantes pour lui et ceux impliqués dans ce qu'ils appellent une interview. Nous verrons ce qui se passera".

Côté journalistes, quelques critiques s'interrogeaient sur l'éthique d'avoir fait relire et approuver par Joaquin Guzman l'article lui-même, comme le magazine l'indique en haut de la page. Il est commun que les journalistes fassent approuver des citations, mais très inhabituel de faire approuver un article entier. Un journaliste de The New Republic, Jeet Heer, ou encore un journaliste présentateur de MSNBC, Chris Hayes, ont écrit que cette relecture était inacceptable. Mais d'autres ont pris la défense du magazine, au prétexte que le scoop en valait la peine.

C'est la première fois, a relevé lors d'un débat sur CNN le journaliste du New York Times Ravi Somaiya, que "El Chapo" a parlé candidement de son empire. Il se vante dans l'interview d'être le premier fournisseur mondial de méthamphétamine, cocaïne et cannabis. Sur Fox News, une commentatrice conservatrice, Gayle Trotter, a accusé Rolling Stone et Sean Penn de complaisance et de faute morale, en donnant au trafiquant "une plateforme pour qu'il diffuse son message".

Des internautes s'en donnaient à coeur joie sur Twitter pour se moquer du style d'écriture de Sean Penn, très personnel ("à cet instant, j'expulsai une légère flatulence due au voyage (désolé)"), et imaginer les questions que Sean Penn n'a pas posé. Le tabloïd new-yorkais New York Post a résumé la situation dans un titre sarcastique, en reprenant en Une la photo des deux hommes se serrant la main, sous le titre: "El Jerko", un jeu de mots sur le mot "jerk", qui signifie: "pauvre type".