International Le roi des Khonzos (ou Nandes) est arrêté. Cette tribu s’étend au Kivu congolais.

Charles Wesley Mumbere, 63 ans, roi des Khonzos - appelés aussi Nandes, au Congo voisin, ou Yiiras - a voulu lancer "une guerre contre le gouvernement" de Kampala, a annoncé lundi le ministre ougandais de l’Intérieur. Ce dernier devait expliquer le bilan de 87 morts - 16 militaires ougandais, 46 gardes du roi Mumbere et "25 corps" - annoncé après des affrontements le week-end dernier à Kasese (Ouest de l’Ouganda, frontalier avec le Congo-Kinshasa). Le Roi a été arrêté et inculpé de meurtre mardi.

L’armée affirme avoir été attaquée samedi par des miliciens khonzos, dont des gardes royaux. Le président Museveni a appelé au téléphone le roi Mumbere, lui donnant deux heures pour démanteler sa garde de volontaires, "ce qui est impossible", avait indiqué le porte-parole du Roi à l’AFP, avant l’assaut du palais royal.

Un royaumé créé en 1962

Le royaume khonzo n’existe que depuis 1962, année de l’indépendance de l’Ouganda, lorsque cette ethnie a fait sécession, avec les Mbas voisins, de leur royaume ancestral de Toro, qui négligeait leur bien-être, estimaient-ils. Un mouvement conduit par le père du roi Mumbere, qui fut le premier souverain khonzo.

En 1967, le Premier ministre ougandais Milton Obote fit adopter une Constitution interdisant les royaumes traditionnels, geste destiné à réduire la puissance du grand royaume Buganda (18 % de la population ougandaise), vieux de six siècles.

Les sécessionnistes rendent les armes

Pour les Khonzos, ce sont des années de guérilla sur les pentes du mont Rwenzori (déformation occidentale de Rwenzururu, "mont enneigé"), jusqu’à ce qu’en 1982 Mumbere, qui a succédé à son père à la tête des sécessionnistes khonzos, rende les armes à Milton Obote, revenu au pouvoir. En échange, le lhukhonzo est reconnu langue officielle du Rwenzururu et Mumbere reçoit une bourse pour des études de commerce aux Etats-Unis.

Mais la chute d’Obote, en 1985, lui coupe les vivres et le roi doit travailler comme aide-soignant aux Etats-Unis, avec le statut de réfugié politique à partir de 1987, un an après l’arrivée au pouvoir de Museveni.

En 2009, ce dernier reconnaît le Rwenzururu comme un des six royaumes qui se voient octroyer une autonomie en matière culturelle et sociale. Mais le roi Mumbere, revenu à Kasese, fait l’objet de pressions de ses sujets sécessionnistes, alors que les ethnies minoritaires de la région sont opposées à la reconnaissance de son royaume. En mai 2014, les Mbas se voient à leur tour reconnaître un roi. Le 5 juillet 2014, des attaques interethniques (95 morts) furent attribuées aux miliciens khonzos sécessionnistes - avec lesquels le roi Mumbere prit ses distances, tout en se produisant en treillis militaire et en défiant Kampala de l’arrêter.

En février et avril 2016, de nouveaux incidents entre les deux ethnies et leur répression avaient fait une cinquantaine de morts, à l’occasion d’élections législatives et locales contestées.

Le Congo touché ?

Ces turbulences peuvent difficilement rester sans effet au Congo voisin, qui abrite la majeure partie des Khonzos/Nandes (environ 5 millions, pour environ 800 000 en Ouganda). D’autant que la région de Beni et Butembo (Nord du Nord-Kivu), où ils vivent, est l’objet, depuis deux ans, d’une autre déstabilisation : des attaques de civils (plus de 500 morts) attribuées par Kinshasa aux ADF, guérilla ougandaise qui a longuement sévi dans le Rwenzururu ougandais avant d’en être chassée par l’armée de Museveni et de s’installer côté congolais.

Beaucoup de Nord-Kivutiens sont cependant persuadés que ces violences sont téléguidées par Kinshasa "pour ne pas tenir les élections". Ces derniers mois, un nouveau groupe armé - les maï maï Mazembe - a été créé, formé de Nandes, pour combattre les auteurs de ces massacres. Ces maï maï Mazembe seraient les auteurs du massacre de 35 Hutus à Luhanga (Lubero), dimanche.