Séparatiste et homophobe

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

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Ainsi donc, comme le révélait mercredi la "Gazet van Antwerpen, la Sûreté belge a fourni au parquet fédéral un dossier qui pourrait établir un lien entre le site Internet du "Brussels Journal" et Anders Behring Breivik. Il apparaît en effet que certains textes du manifeste pour l’indépendance européenne du tueur norvégien ne seraient que des copiés-collés du site piloté par Paul Beliën, un publiciste ultra-conservateur flamand campinois qui partage maritalement la couche de la députée fédérale Vlaams Belang Alexandra Colen, mais qui est également, depuis un an, un des principaux conseillers du leader populiste néerlandais Geert Wilders.

Pour l’heure, on s’abstiendra évidemment d’établir toute sorte d’autres liens entre Breivik et Beliën, mais il n’est pas sans intérêt de s’attarder un instant à la personnalité complexe de ce dernier. Si l’homme émerge ces jours-ci comme un très digne représentant du courant néo-conservateur à travers son "Brussels Journal" qui vise à gagner à sa cause nombre de fonctionnaires européens ou internationaux, on a visiblement oublié dans nos contrées qu’il fut un des neuf pères-fondateurs du VLD, au début des années 1990, aux côtés de Guy Verhofstadt.

Il est vrai qu’à l’époque, toute une frange de la droite flamande s’était rapprochée des libéraux et parmi eux plusieurs militants nationalistes pointus qui espéraient pouvoir créer une sorte de "Forza Flandria" qui, par-delà les différences philosophiques, réunirait tous ceux qui voulaient faire suivre une course très marquée à droite à la Flandre et, indirectement, à la Belgique. Le mensuel "Nucleus", dirigé par l’avocat brugeois Pieter Huys aujourd’hui disparu, contribua aussi à ce rapprochement.

Il apparut toutefois très vite à une série de ces militants conservateurs que Verhofstadt prônait une vision libérale plus sociale et progressiste qui finirait par se heurter à leurs conceptions économiques ou atlantistes, mais aussi à leurs idées éthiques et morales.

Paul Beliën quitta dès lors d’autant plus vite les cénacles libéraux qu’il avait lui-même une vision ultra-traditionnelle sur le plan des valeurs. En cela, il était et reste très proche de son épouse Alexandra Colen, ardente militante catholique "pro life" qui ne s’est jamais vraiment retrouvée dans l’évolution de l’Eglise catholique en Belgique, jugée forcément trop à gauche.

A tel point même qu’elle apparut comme une des principales contestatrices du cardinal Godfried Danneels, qu’elle accusait de brader le message chrétien et de participer à la laïcisation de la société belge. Il faut dire que chez les Beliën-Colen, on n’avait qu’une confiance très limitée envers le pilier catholique. Et encore moins envers l’enseignement libre où selon eux, il y avait non seulement "trop de drogue et de violence" mais aussi "un endoctrinement permanent au politiquement correct et au socialisme". Et donc plutôt que de placer leurs cinq rejetons dans un bon collège, ils préférèrent encore les scolariser à la maison !

Paul Beliën, qui avait travaillé pour la "Gazet van Antwerpen", se mua en commentateur pour le "Washington Times" et pour le "Wall Street Journal", les arrosant de ses analyses hyper-libérales. Mais l’homme est aussi un ardent séparatiste sur le plan national, même si par provocation, il a dit dans un débat avec Luc Van der Kelen que la Belgique pouvait survivre à ses yeux, si on laissait les Flamands utiliser leur supériorité numérique ! Ces dernières années, les écrits de Beliën se sont fortement teintés d’accents anti-islamiques alors qu’il prenait également la direction d’un "Islamic Watch". Par provocation aussi, le "Brussels Journal" fut un des tous premiers sites à braver le monde musulman en publiant sur le site les caricatures contestées que l’on sait.

Devenu conseiller de Geert Wilders et de son très populiste PVV, son évolution est suivie avec une rare attention de l’autre côté du Moerdijk. C’est ainsi que le magazine "Vrij Nederland" se demanda comment le leader néerlandais pouvait concilier le discours anti-musulman de Beliën avec une homophobie qui ne passe même plus la rampe dans son propre milieu

Christian Laporte

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