Serbie: Aleksandar Vucic espère conforter son pouvoir absolu
Le Premier ministre bat des records de popularité, avant les législatives et les municipales.
- Publié le 23-04-2016 à 09h08
- Mis à jour le 23-04-2016 à 11h26

Jamais Slobodan Milosevic au faîte de sa gloire n'avait pu se prévaloir d'un tel soutien au sein de l'opinion publique serbe. Selon tous les sondages, le Parti progressiste serbe (SNS) du Premier ministre Aleksandar Vucic devrait obtenir entre 50 et 55 % des voix aux élections de dimanche, de quoi lui assurer une majorité absolue encore plus confortable au sein du futur Parlement que celle dont il dispose déjà… En effet, le SNS a remporté les élections de 2012, celles de 2014 et s'apprête à célébrer une nouvelle victoire à ce scrutin anticipé.
Aleksandar Vucic s'efforce de "vendre" ces élections en dramatisant l'enjeu et en expliquant qu'il s'agirait d'un choix pour ou contre les "perspectives européennes" de la Serbie. Le pays a en effet le statut officiel de candidat à l'intégration depuis 2012, mais aucune échéance importante n'est à prévoir dans les prochaines années, alors que le processus d'élargissement marque le pas dans tous les Balkans.
Des méthodes qui rappellent celle d'Orbán
En réalité, il semble plutôt que le Premier ministre veuille conforter son pouvoir absolu et chasser l'opposition démocrate de ses derniers bastions - quelques communes et l'assemblée de la Province autonome de Voïvodine. "Aleksandar Vucic est en campagne permanente depuis 2012 , explique Ivo Colovic, du Centre pour les élections libres et la démocratie (Cesid). Il n'y a pas un seul jour sans qu'il ne passe à la télé. J'ai tendance à croire qu'il a perdu tellement d'élections dans le passé, qu'à présent, à cause de sa vanité et de sa paranoïa, il veut en gagner tout autant et se présenter comme le seul et unique dirigeant incontesté de la Serbie."
Tout est fait pour assurer la victoire du parti au pouvoir. Selon les observateurs du Centre pour la transparence et la responsabilité (CRTA), les voix s'achètent pour 2 000 à 3 000 dinars (18 à 25 euros), les employés des administrations et des entreprises publiques sont transportés en autocars pour les meetings géants du Premier ministre, et ceux qui ne voudraient pas voter pour lui auraient reçu des menaces directes de perdre leur emploi. "Les méthodes d'Aleksandar Vucic rappellent celles de Nikola Gruevski en Macédoine, ou de Viktor Orbán en Hongrie" , estime Rasa Nedeljkov, du CRTA. Pourtant, l'OSCE n'a déployé que dix experts internationaux et douze observateurs pour suivre ce scrutin. Autant dire que les résultats ne seront pas remis en question.
L'ombre de Vojislav Seselj
En se présentant comme "pro-européen" face à une opposition nationaliste tenté par l'alliance traditionnelle avec la Russie, Aleksandar Vucic se croit assuré de disposer d'un blanc-seing de Bruxelles. Une ombre domine pourtant cette campagne, celle de Vojislav Seselj, le fondateur du Parti radical serbe (SRS), chef "historique de l'extrême droite serbe, acquitté le 31 mars dernier par le Tribunal pénal international de La Haye, au bout d'un procès long de douze ans. Les sondages lui donnent 8 à 10 % des voix, et il pourrait s'allier avec le Parti socialiste de Serbie (SPS), actuel partenaire de coalition d'Aleksandar Vucic qui va être rejeté dans l'opposition, officiellement en raison de la traditionnelle russophilie de ce parti.
Vojislav Seselj fut le mentor politique d'Aleksandar Vucic, qui adhéra au Parti radical à l'aube des années 1990, âgé d'à peine 20 ans. Dans une autre vie, l'actuel patron de la Serbie fut même ministre de l'Information de Milosevic, en 1998 et 1999, à l'époque de la guerre du Kosovo. En 2008, Aleksandar Vucic décide pourtant de "tuer son père politique" : il claque la porte du SRS, crée son propre parti et devient le plus fervent europhile de Serbie après avoir vilipendé l'Union européenne durant des années.
Laminée depuis 2012, l'opposition démocratique pourrait disparaître du Parlement, où ne risque donc de subsister qu'une opposition nationaliste et "pro-russe". Ce serait pain béni pour l'homme fort de la Serbie, qui pourra ainsi se présenter comme le seul garant de l'option "pro-européenne" du pays, tout en renforçant son pouvoir absolu.