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PORTRAIT

Il y a désormais 99 chances sur 100 (on sera fixé le 11 janvier 2006) que le président de la commission d'enquête des Nations unies sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri soit Serge Brammertz, lequel est depuis deux ans procureur adjoint à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.

On avait d'abord évoqué le nom de Damien Vandermeersch, avocat général à la Cour de Cassation, mais celui-ci a décliné l'offre. C'est vers un de ses compatriotes que l'Onu s'est alors tournée.

Ascension fulgurante

M.Brammertz va devoir affronter un énorme défi. Physique, car la tâche est à hauts risques et il lui faudra s'habituer à des déplacements en colonne blindée et à la présence à ses côtés de dizaines de gardes du corps surarmés. Juridique aussi car le dossier est épineux.

A 43 ans, ce célibataire, très proche de sa maman et de sa soeur, a accumulé les honneurs, au point d'en rendre plus d'un jaloux voir amers.

Né le 17 février 1962 à Eupen, il décroche 23 ans plus tard une licence en droit à l'UCL et une licence en criminologie à l'ULg avant d'entrer au barreau. Il se tourne vers le parquet en 1989 et devient premier substitut du procureur du roi à Eupen avant d'entrer dans la peau de procureur général à la cour d'appel de Liège.

Désigné magistrat national en 1997, il inaugure le poste de procureur lorsque le parquet fédéral est créé en 2002.

Ce grand spécialiste d'investigation et de coopération judiciaire internationale, notamment dans les domaines du terrorisme, du trafic d'armes et des violations des droits de l'homme (il a décroché un doctorat sur ce thème à l'université de Fribourg) devient aussi, en 2001, titulaire d'une chaire à l'ULg, où il a enseigné la coopération internationale.

Dans ce cadre, il a été désigné en qualité d'expert par le Conseil de l'Europe, la Commission européenne et l'Organisation internationale des migrations (OMI) et a effectué des missions sur la corruption et la traite des êtres humains dans les Balkans et dans plusieurs pays d'Europe centrale.Le 9 septembre 2003, l'Onu l'élit à une écrasante majorité procureur adjoint à la Cour pénale internationale, à La Haye où il dirige la division des enquêtes du bureau du procureur.

Il y a notamment été spécialement chargé d'étudier la situation au Congo. Les crimes commis en Ituri (nord-est de la RDC) ont constitué le premier dossier de la nouvelle Cour, premier tribunal permanent chargé de la répression des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

Amateur de Porsche

M.Brammertz avait quitté Eupen pour Liège, Liège pour Bruxelles et Bruxelles (c'est désormais Daniel Bernard qui dirige le parquet fédéral) pour La Haye, où il sera resté un peu plus de deux ans. Le voici qui s'apprête à abandonner la capitale néerlandaise pour Beyrouth.

Pour six mois, dit-on. Pour plus longtemps, selon certains experts car l'instruction du dossier Hariri s'annonce non seulement périlleuse mais techniquement difficile.

Il en faudra sans doute plus pour déstabiliser ce champion de karaté, très attiré par le rock acrobatique et les voitures de sport, de marque Porsche, notamment. Personne n'a oublié les arrivées pétaradantes au palais de justice de ce polyglotte jonglant avec l'anglais, le français, l'allemand et le néerlandais. A Beyrouth, c'est en voiture blindée qu'il se déplacera.

© La Libre Belgique 2005