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Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, a justifié mardi devant le tribunal correctionnel de Paris la publication de caricatures controversées de Mahomet pour laquelle il est poursuivi en affirmant: "si on ne peut plus rire des terroristes, on est foutu! ".

"Qu'est-ce qu'il reste au citoyen si on ne peut plus rire des terroristes ? Si on ne peut pas en rire, on est foutu! ", a lancé le directeur de publication de l'hebdomadaire satirique qui comparaissait devant la 17ème chambre du tribunal correctionnel, présidée par Jean-Claude Magendie.

Longuement interrogé durant la première matinée de ce procès qui doit durer trois demi-journées, M. Val a affirmé, dans une salle comble et globalement acquise au prévenu, que le choix de publier des caricatures du prophète Mahomet répondait à une volonté de "critiquer la religion en tant qu'idée".

"En aucun cas, cela n'exprime du mépris à l'encontre des croyants d'une religion quelconque", a-t-il ajouté, revendiquant son "désir de l'époque (de la publication, ndlr) de démontrer qu'en France, on pouvait critiquer la religion en tant qu'idéologie".

M. Val a reçu un soutien inattendu au cours de l'audience. Alors que son interrogatoire touchait à sa fin, l'un de ses avocats, Me Georges Kiejman, a pris la parole pour lire un courrier sans en préciser l'auteur.

"Je tiens à apporter mon soutien à votre journal qui s'inscrit dans une vieille tradition française, celle de la satire", a lu Me Kiejman. Remarquant avoir été "très souvent la cible privilégiée" du journal dirigé par Philippe Val, l'auteur du courrier affirme l'accepter "au nom de la liberté de rire de tout".

"Je préfère l'excès de caricature à l'absence de caricature", ajoute-t-il, selon les propos lus par l'avocat qui a conclu: "et c'est signé par Nicolas Sarkozy, suivi du slogan: +ensemble, tout est possible+", suscitant rires surpris et sourires, dans le public comme parmi les parties civiles.

De nombreuses autres personnalités, telles que François Bayrou, candidat UDF à l'élection présidentielle, et François Hollande, premier secrétaire du parti socialiste, doivent également intervenir en tant que témoins cités par Charlie Hebdo.

Trois caricatures, publiées par le journal, sont poursuivies par la Grande Mosquée de Paris et l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) sur le fondement du délit d'"injure stigmatisant un groupe de personnes à raison de sa religion", passible d'une peine maximale de six mois d'emprisonnement et de 22.500 euros d'amende.

Le premier dessin est signé Cabu - présent à l'audience sur les bancs de la presse - et a été publié en une de Charlie Hebdo le 8 février 2006. Il représente Mahomet se prenant la tête dans les mains et déclarant: "c'est dur d'être aimé par des cons".

Les deux autres dessins poursuivis avaient été déjà publiés dans le journal danois Jyllands-Posten en septembre 2005. Ils faisaient partie de la série de dessins ayant provoqué une flambée de violence anti-danoise dans le monde musulman.

L'un représente le prophète accueillant des kamikazes au paradis avec la légende: "arrêtez, arrêtez, nous n'avons plus de vierges". L'autre Mahomet portant un turban représenté sous la forme d'une bombe dissimulant une mèche et un détonateur allumés s'apprêtant à exploser. Les parties civiles se sont concentrées sur cette dernière caricature qui, selon elles, crée un amalgame entre musulmans et terroristes.

Pour M. Val, ce dessin "ne s'adresse pas à des hommes, il s'adresse à des idées défendues par des hommes qui légitiment la violence par l'islam".

Le procès se poursuit l'après-midi.