Sinaï: le mouvement qu’attendait Israël

Renée-Anne Gutter Publié le - Mis à jour le

International Correspondante en Israël

Israël suit les développements dans le Sinaï de très près. Et pour l’heure, avec satisfaction. Cela faisait longtemps en effet que le gouvernement Netanyahou et Tsahal (l’armée israélienne) appelaient le Caire à reprendre le contrôle de ce territoire égyptien tombé dans le chaos depuis la chute du régime Moubarak.

Car ce chaos a transformé la péninsule voisine d’Israël en une vaste base de manœuvre pour le terrorisme émanant à la fois d’activistes palestiniens venus de Gaza et d’éléments djihadistes étrangers alliés à des Bédouins locaux. Et cela, alors qu’Israël n’y a pas la moindre prise militaire. Ainsi, depuis un an les attaques contre la frontière israélienne s’y sont multipliées, et le terminal de gaz naturel près d’El-Arish (à 50 km à l’ouest de Rafah), qui alimentait Israël, a été saboté.

L’offensive égyptienne de ce mercredi est donc aux yeux d’Israël un début anti-terroriste prometteur. Au ministère de la Défense à Jérusalem, on souligne qu’Israël n’y participe d’aucune façon. Et pour cause: "L’Egypte est souveraine dans le Sinaï et n’a pas besoin d’y coordonner ses activités actuelles avec Israël", a déclaré le général de réserve Amos Guilad, haut-responsable du ministère, "ce sont le régime égyptien et son armée qui sont déterminés à imposer l’ordre dans le Sinaï, parce qu’il y va de leur responsabilité". Leur succès, selon M. Guilad, "permettra d’éviter des attentats terribles".

Il est clair, toutefois, que l’armée égyptienne n’a pu agir sans l’approbation tacite de l’Etat hébreu. Car en vertu du traité de paix israélo-égyptien de 1979, le Sinaï - occupé par Israël après la guerre du Kippour, en 1973 -, a été vidé des derniers soldats et colons israéliens en 1982 - est démilitarisé. Seule la police égyptienne peut s’y déployer dans les zones frontalières. Et toute modification de ce statut doit être agréée par les deux pays.

L’entrée en action d’hélicoptères et blindés égyptiens a donc été une première depuis la guerre de Kippour, qui aurait été impossible, selon les observateurs ici, si Israël n’en avait pas été informé au préalable par Le Caire. Il faut dire que le changement de régime en Egypte n’a pas mis fin à la collaboration entre les deux pays au niveau du renseignement. D’autant moins que la défense égyptienne est restée aux mains d’une figure familière, le maréchal Tantawi avec qui Israël entretenait de bons contacts sous l’ère Moubarak.

Ainsi, Israël aurait averti l’Egypte, la semaine dernière, d’une probable attaque terroriste dans le Sinaï. Avertissement que l’Egypte aurait minimisé. Refusant de dire si Israël a été prévenu, ces derniers jours, de l’offensive égyptienne dans le Sinaï, Amos Guilad a admis, mercredi, sur les ondes israéliennes, que la coordination sécuritaire se poursuivait ces jours-ci conformément au traité de paix israélo-égyptien.

Mais si Israël se réjouit du nettoyage anti-terroriste engagé par l’Egypte, les commentateurs craignent qu’à terme il doive en payer le prix. Un prix diplomatique. Car pour ne pas faire figure de traître au service de la sécurité israélienne, le président Morsi s’emploiera à défendre de plus belle la cause nationale palestinienne et à combattre la politique d’occupation du gouvernement Netanyahou.

Tout ce remue-ménage n’a pas perturbé le dolce farniente de nombreux touristes israéliens, qui séjournent actuellement dans le Sinaï. Les plages de la mer Rouge, dans la péninsule, restent un lieu de vacances privilégié pour des centaines d’Israéliens, qui y reviennent chaque année en dépit des mises en garde sécuritaires des autorités israéliennes.

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