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La série "La soif irrépressible de l'ailleurs" est signée Joseph Schovanec, philosophe, écrivain, traducteur et voyageur français.

Si le cinéma ou le monde des stars au sens large représentent le réceptacle privilégié des rêves de beaucoup de personnes non autistes, la plupart des personnes autistes, pour diverses raisons, ne s’y reconnaissent nullement ou en ignorent tout. Pour ma part, je trouve les cinémas bien trop bruyants et grouillants de monde, je peine à comprendre les films contemporains et ne connais pas les acteurs qui y jouent. Quant à l’espèce de frisson qui échappe à tout contrôle à sa survenue et qui saisit les non-autistes lorsque ceux-ci ressentent la présence de l’un de ces personnages célèbres pour eux que je ne reconnaîtrais pas même si je les connaissais, autant dire qu’il y a bien longtemps que j’ai renoncé à tout effort pour en comprendre rationnellement les causes, à supposer qu’il y en ait. Après tout, quand un enfant autiste contemple longuement les reflets lumineux dans l’eau, on appelle le psy pour le guérir.

Il y aurait matière à en rire. Las, l’une des choses les plus difficiles à faire accepter par son entourage est le fait de ne pas partager les espaces de rêve prédéfinis, volontiers commerciaux, que notre monde délimite et met à disposition. Autant le combat pour la reconnaissance des droits des personnes ayant une couleur de peau différente d’une prétendue norme s’est prolongé sur des décennies et, à ce jour, n’est toujours pas pleinement remporté, autant la lutte pour le droit de rêver hors des cases, d’avoir un autre goût de l’ailleurs n’en est qu’à ses balbutiements.

Monde secret

D’ordinaire, le débat est clos d’office par l’autorité scientifique, qui soutient que la personne autiste ne sait pas rêver ou, pire encore, ne possède pas ce monde intérieur qui de l’avis général définit l’être humain.

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