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A peine arrivé à Bruxelles, et avant même le début officiel du sommet de l’Otan, le président américain déclare l’Allemagne "captive" de la Russie.

Une confrontation entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président américain semblait inévitable ce mercredi à Bruxelles. Ce matin, lors d’un petit-déjeuner avec le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, Donald Trump s’en est pris violemment à l’Allemagne, l‘accusant d’être devenue "captive de la Russie" et de lui payer des "milliards de dollars".

Trump a fait référence sans le citer au gazoduc Nord Stream qui relie depuis 2012 la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique, et surtout au projet Nord Stream II qui vient de recevoir le feu vert du gouvernement allemand. Plusieurs pays européens, limitrophes de la Russie, et l’administration américaine se sont inquiétés de ce deuxième projet pour des raisons de sécurité et de dépendance énergétique.

"Alors nous protégeons l’Allemagne, la France et tous ces pays, et plusieurs de ces pays font un accord sur un pipeline avec la Russie", a dit M.Trump profitant d’une séance d’images précédent le petit déjeuner avec le secrétaire. Sa tirade a duré 4 minutes 49 secondes.

"Au bout du compte, l’Allemagne va voir 70% de son territoire contrôlé par le gaz (russe). L’Allemagne est totalement contrôlée par la Russie parce qu’ils auront 60 à 70 pc de leur énergie en provenance de la Russie avec ce nouveau pipeline."

Le président américain reproche du même coup à l’Allemagne de ne pas contribuer assez à la sécurité atlantique avec des dépenses militaires qui ne correspondant qu’à 1,24% de son PIB alors que les Etats-Unis y apportent 3,50% selon les estimations de l’Otan pour 2018, révélées mardi.

Pour M.Trump, "l’Allemagne est un pays riche" et devrait contribuer "immédiatement" davantage à la sécurité de l’Alliance. "Ils paient des milliards de dollars à la Russie et maintenant nous devons les défendre contre la Russie."

Il s’en est pris aussi, sans le citer, à l’ancien chancelier Gerhard Schröder qui a été engagé par Gazprom pour diriger le Conseil de surveillance du consortium germano-russe qui avait été chargé de construire le premier pipeline. Le social-démocrate Schröder est respecté en Allemagne. Il est considéré comme un des artisans de la réussite économique du pays pour avoir, avec le soutien des syndicats, libéralisé le marché du travail en Allemagne.

Lors du petit déjeuner, M. Stoltenberg est apparu surpris par la diatribe du président américain, inhabituelle car les propos échangés en présence des caméras et des photographes sont généralement courtois et anodins. Le Norvégien a insisté sur l’importance de l’unité entre alliés.

Merkel réagit face aux accusations de Trump

L'Allemagne prend ses décisions de manière "indépendante", a réagi par la suite la chancelière allemande, en réponse aux critiques. "Nous pouvons mener nos propres politiques, nous pouvons prendre des décisions indépendantes", a-t-elle affirmé.

"J'ai moi-même vécu dans une partie de l'Allemagne occupée par l'Union soviétique. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd'hui unis, dans la liberté, en tant que République fédérale d'Allemagne. Nous pouvons par conséquent mener nos propres politiques, nous pouvons prendre des décisions indépendantes", lui a répondu Mme Merkel, originaire de l'ex-Allemagne de l'Est.

"L'Allemagne fait aussi beaucoup pour l'Otan. Nous sommes le deuxième plus grand fournisseur de troupes, nous mettons la plupart de nos capacités militaires au service de l'Otan", a-t-elle insisté.

Trump assure avoir de "très bonnes relations"

Après la diatribe de Trump et la réaction de Merkel, les deux dirigeants ont eu une rencontre bilatérale. A l'issue de celle-ci, et malgré ses critiques proférées en matinée, Donald Trump a affirmé avoir de "très bonnes relations" avec Angela Merkel. "Nous discutons des dépenses militaires et de commerce. Nous avons de très bonnes relations", a soutenu le président devant la presse.

Le président américain a assuré avoir abordé avec la chancelière les problèmes que lui pose Nord Stream 2, le projet de gazoduc dans la Baltique entre la Russie et l'Allemagne, mais il n'a pas donné de détails.

Angela Merkel a à nouveau pris la parole et s'est pour sa part déclarée satisfaite de cet échange de vues avec Donald Trump. "Nous avons eu l'occasion d'échanger sur des questions telles que la migration et l'avenir de nos relations commerciales", a-t-elle dit. "Nous sommes des partenaires, nous sommes de bons partenaires et nous souhaitons continuer à coopérer à l'avenir", a assuré la chancelière.