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Au terme d'une nuit de négociations, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne ont trouvé un accord sur une approche commune de la gestion des migrations.

En voici les points principaux:


1 - La toute première préoccupation des Etats membres est le renforcement des frontières extérieures de l'Union. Cette approche, précisent les conclusions de la réunion du Conseil européen, porte ses fruits puisque les entrées illégales dans l'UE ont diminué de 95% depuis octobre 2015.

Les Etats membres de première ligne - Italie, Grèce, Espagne et dans une moindre mesure, Malte, doivent assurer le contrôle de leurs frontières, qui sont des frontières extérieures de l'Union, avec le soutien financier et logistique de celle-ci.

L'UE veut aussi accentuer le soutien apporté aux pays du Sahel et aux garde-côtes libyens, le pays nord-africain étant celui d'où partent l'essentiel des migrants qui traversent le sud de la Méditerranée vers l'Italie.

L'Italie et Malte ont insisté pour que les navires affrétés par les ONG pour secourir les embarcations de migrants qui traversent la Méditerranée "respectent les lois en vigueur et ne fassent pas obstruction au travail des garde-côtes libyens". Autrement dit, plus question pour les ONG de secourir des migrants que l'Union voudrait voir ramenés en Libye. Quand bien même on peut nourrir de sérieuses inquiétudes sur la manière dont les migrants y sont traités.

>  Lire aussi: L'interminable sommet européen sur la migration, ou la chronique d'un demi-succès annoncé.

 

2 - Les leaders européens demandent à la Commission et au Conseil d'explorer les possibilités de créer dans des pays (africains) tiers des "plateformes de débarquement"des migrants récupérés en mer, en collaboration avec le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés et l'Organisation internationale pour les migrations. Ces plateformes devraient distinguer les migrants économiques des personnes qui peuvent prétendre à l'asile.

La question à plusieurs centaines de millions d'euros : quels sont les pays africains qui seraient prêts à accueillir de telles plateformes ? Et à quelles conditions ?


3 - Les migrants et candidats réfugiés qui sont parvenus jusqu'en Europe seront transférés dans des centres installés dans les Etats membres, sur base volontaire. Une chose est claire, les pays volontaires se situeront au sud de l'Union. Pas question d'obliger un bateau transportant des migrants à allonger son trajet de centaines de kilomètres.
C'est dans ces centres, sorte de hotspots améliorés, que doivent être distingués les "migrants irréguliers" de ceux qui ont besoin d'une protection internationale.


4 - L'Union européenne va débloquer la deuxième tranche des 3 milliards d'euros versés à Ankara dans le cadre du plan UE-Turquie, en vertu duquel la seconde s'est engagée à empêcher les migrants de prendre la mer Egée pour rejoindre la Grèce. Dans le même temps, 500 millions d'euros vont être transférés dans le Trust Fund for Africa, à destination des pays africains censés remplir la même mission. Les Etats membres sont priés de mettre la main au portefeuille.
Par ailleurs, le Conseil européen demande la création dans le budget européen 2021-2027, d'instruments flexibles permettant de débourser rapidement des fonds pour combattre la migration illégale.


5 - Les migrations secondaires des demandeurs d'asile d'un Etat membre à l'autre sont considérées comme un problème particulièrement aigu, qui met en péril le système d'asile commun et l'espace de libre circulation Schengen. L'Autriche et en Allemagne, la Bavière, préviennent qu'elles fermeront leurs frontières si ces migrants continuent d'arriver d'autres Etats membres. C'est précisément ce sujet qui fragilise la chancelière allemande Merkel et menace de faire tomber son gouvernement. Les Etats membres assurent qu'ils prendront toutes les mesures législatives internes et administratives pour tarir ces flux internes. Par ailleurs, l'Allemagne devrait signer des accords bilatéraux avec plusieurs Etats membres pour qu'ils reprennent "leurs" migrants. Le Premier ministre grec Tsipras a déjà donné une réponse favorable aux demandes, pressantes, de Berlin.


6 - La crise migratoire de 2015 a démontré qu'il est impératif de réformer le règlement de Dublin. En vertu de celui-ci, il incombe aux Etats de première entrée de traiter les demandes d'asile... et de renvoyer ceux qui n'ont pas droit à la protection. Malgré le travail accompli par la présidence bulgare et ses devancières, le dossier est bloqué comme un écrou rouillé. En raison, notamment, de l'opposition totale des pays d'Europe centrale de prendre en charge le moindre migrant, même sur base volontaire.
L'Italie exige qu'une solution soit trouvée. Faute de pouvoir y parvenir dans un délai raisonnable, les Vingt-huit ont décidé d'en reparler au sommet d'octobre. Bref, aucun progrès notable n'a été enregistré, mais annoncer haut et fort que le travail continue permet au Premier ministre italien Conte de rentrer à Rome avec cette promesse. C'est mieux que rien.