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CORRESPONDANCE PARTICULIÈRE À KINSHASA

On craignait le pire après un mois de campagne électorale marqué par de violentes manifestations à Kinshasa. Mais la capitale congolaise a voté dans le calme dimanche, tout en restant suspicieuse sur des velléités de fraude que de nombreux électeurs redoutent...

Le calme même à l'UDPS

Dès 7h du matin, les Kinois étaient devant les bureaux de vote. Très enthousiastes de pouvoir librement voter pour la première fois depuis 40 ans, les électeurs se sont présentés tout le long de la journée dans les 8 518 bureaux de vote dans une discipline quasi religieuse, sans bousculade. Les trois millions d'électeurs de la capitale devaient élire, en plus du Président de la République, 48 députés sur les 500 que doit compter la future Assemblée nationale.

Après une fin de campagne électorale très tendue, tout s'est passé dans le calme. Même l'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), le parti de l'opposant Etienne Tshisekedi qui boycotte ces scrutins et qui menaçait de les perturber, s'est tenue tranquille. La soif des Kinois et des Congolais de participer à ces élections a, en effet, eu raison de toute autre revendication politique. «Il était temps de mettre fin à cette formule de pouvoir 1+4 (un président et 4 vice-présidents, NdlR) et d'avoir des dirigeants légitimement élus», clamaient les électeurs devant les bureaux de vote.

Devant les bureaux de vote, les électeurs, les jeunes en tête, étaient d'une grande vigilance. «Nous savons quel candidat président a les faveurs de la population. S'il ne l'emporte pas, nous n'allons pas accepter les résultats», avertissaient certains, en faisant un signe de la main, indiquant le numéro d'ordre de leur candidat favori.

Quelques couacs

Dans plusieurs bureaux de vote, les électeurs ont émis des plaintes, notamment l'absence des noms sur les listes électorales, ou des personnes qui auraient déjà voté à leur place. «Je suis arrivé ici à 6h pour voter à la première heure. Mais ils n'ont pas retrouvé mon nom», regrette une femme qui portait sur son dos un bébé encore sous le sommeil. «Moi, on m'a fait savoir que mon numéro était un numéro de Lubumbashi», s'étonne un homme qui s'était fait enrôler à Kinshasa.

A Masina, une commune populaire de l'Est de Kinshasa, les présidents des bureaux de vote «1662 et 1663 » ont dû appeler un renfort de la police. Les électeurs commençaient à élever le ton. «La présidente du marché de la libération (proche du parti présidentiel) s'est présentée à l'entrée de l'école qui abrite les deux bureaux de vote. Elle a demandé aux électeurs de rassembler leurs cartes et de les remettre aux policiers. Cela a provoqué un tollé général...», raconte un groupe de jeunes furieux. «Chacun est libre d'élire le candidat de son choix. Ils ne doivent pas chercher à nous imposer un candidat que nous ne voulons pas!»

«Des cas marginaux»

Dans différentes communes de Kinshasa, des cas de dénonciations de manipulation et de fraude ont été relevés. Comme dans le quartier huppé de Binza Ozone, à l'ouest de la capitale, ou de Kingabwa, à l'est, où deux candidats députés du PPRD (parti présidentiel) auraient tenté d'acheter des voix des électeurs aux alentours de leurs bureaux de vote.

«Ces petites irrégularités représentent des cas marginaux sur les 49 746 bureaux de vote répartis sur l'ensemble du territoire national», a assuré l'abbé Apollinaire Malumalu, le président de la Commission électorale indépendante.

© La Libre Belgique 2006