Sous les bombes, l’école en crise

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International

L a plupart des objectifs de l’Education pour tous (EPT) fixés pour 2015 seront manqués, et de loin", indique l’Unesco dans son rapport annuel sur le sujet. Le monde imaginé par les architectes de la Déclaration universelle n’est pas encore le nôtre. Si des progrès ont été réalisés durant la dernière décennie en matière d’instruction - 52 millions d’enfants supplémentaires scolarisés dans le primaire en dix ans - la guerre constitue l’un des facteurs qui continuent de détruire les perspectives d’éducation. Ainsi, plus de 40 % des enfants non scolarisés dans le monde (soit 28 millions d’enfants) vivent dans des pays touchés par un conflit, le Nigeria et le Pakistan étant en première ligne ; des pays qui présentent également des taux d’alphabétisme particulièrement faibles.

Cible privilégiée lors de conflits armés, notamment par la destruction d’établissements scolaires - 280 écoles palestiniennes ont été endommagées par l’armée israélienne en 2009 - l’éducation continue d’être négligée par l’aide internationale, car "non perçue comme un besoin dans les situations d’urgence", explique François Leclercq, chargé de recherche à l’Unesco. Loin des projecteurs humanitaires, les effets dévastateurs de la guerre sur l’éducation restent donc silencieux.

Les déplacements massifs de populations, "objectif stratégique pour les groupes armés" selon le rapport, sapent également les engagements éducatifs. Autre "tactique de guerre", les violences sexuelles pratiquées jusque sur les enfants, et l’insécurité permanente qui fait renoncer au chemin de l’école.

L’Unesco vise une éducation pour tous - mais pas n’importe laquelle. Lorsqu’il renforce les divisions sociales, les préjugés ou la ségrégation ethnique, un modèle scolaire inadapté peut aussi conduire à la guerre. Utilisée au profit de la haine et du fanatisme, l’éducation prédispose les sociétés aux conflits armés, à l’image du Rwanda ou du Sri Lanka. Pour François Leclercq, "c’est aux gouvernements d’agir" pour une éducation qui fasse pencher la balance du côté de la paix. A eux de mettre en œuvre une politique linguistique adaptée ou une réforme des programmes scolaires, permettant aux élèves d’évoluer pacifiquement vers une identité commune.

La communauté internationale, elle, doit surtout pouvoir intervenir financièrement pour soutenir la scolarisation. Problème : "L’éducation ne représente que 2 % de l’aide humanitaire." Selon le rapport, les montants accordés par les pays industrialisés se concentrent largement sur le secteur de l’alimentation (à hauteur de 3,5 milliards de dollars pour l’année 2009, contre 150 millions de dollars seulement pour l’éducation). L’aide internationale aurait également perdu de son efficacité de par sa concentration vers un petit groupe de pays. En 2008, l’aide au développement destinée à une trentaine de pays touchés par un conflit atteignait 36 milliards de dollars ; à lui tout seul, l’Irak a reçu un quart de ce montant.

L’autre élément à l’origine du problème de financement de l’EPT se trouve sur place, sur les terres touchées par des conflits armés, où les fonds publics de l’éducation sont détournés au profit des dépenses militaires. Le Pakistan, par exemple, dépense sept fois plus pour l’armement que pour ses écoles primaires. Le Tchad, le Burundi, ou le Yémen font aussi partie des 21 pays en développement qui financent mieux leur armée que leur système éducatif ; si ces Etats réduisaient de 10 % leurs dépenses militaires, ce seraient 9,5 millions d’enfants supplémentaires qui pourraient être scolarisés.

Aussi, "généraliser l’éducation coûterait 16 milliards de dollars", assure François Leclercq. Un montant qui correspondrait, selon les calculs de l’Unesco, à seulement six jours de dépenses militaires des pays riches.

A.M. (st.)

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