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Les jihadistes du groupe Etat islamique ont détruit dans le nord de l'Irak des trésors pré-islamiques et ont été la cible de frappes de la coalition dans le nord-est de la Syrie, où ils ont enlevé plus de 220 chrétiens assyriens.

Les combattants du groupe sunnite radical ont réduit en miettes des statues, frises et autres trésors pré-islamiques, selon une vidéo mise en ligne jeudi par le groupe.

Ils ont vandalisé à coups de masse d'imposantes pièces notamment dans le musée de Mossoul, dont les collections renferment des objets inestimables des périodes assyrienne et hellénistique, datant de plusieurs siècles avant l'ère chrétienne.

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La directrice générale de l'Unesco a immédiatement réclamé la convocation d'une réunion de crise du Conseil de sécurité des Nations unies.

Sophie Makariou, qui dirige le musée Guimet des Arts asiatiques à Paris, a réagi à ces assauts dans Le Figaro. Elle se dit "atterrée, le mot est bien faible, de ce que je vois. Et pas étonnée."

"J'avais bien dit le 4 janvier 2012, lors de la conférence de presse à la réception du chantier architectural des Arts de l'Islam au Louvre, que ‘l'Islamisme c'est la mort de l'Islam'. J'ai également prévenu que dans cette guerre, le patrimoine ne serait pas une victime collatérale mais une cible. Il l'était lorsque les islamistes - les talibans - ont détruits les bouddhas de Bamyan, lorsque les islamistes ont fait sauter le magnifique tombeau de Hassan al-Basri, un monument du XIIe siècle qui, ô crime, est un tombeau, à Samarra. Mais je n'ai pas entendu une mouche voler. Pas plus que je ne l'ai entendue lorsque des islamistes ont ravagé le musée d'art islamique du Caire en 2014. C'est la même chaîne de causalités."

"Maintenant ils sont à l'œuvre au musée de Mossoul, l'antique Ninive au deuxième millénaire d'avant notre ère. Puis une capitale si importante de la Djézireh au XIe-XIIIe siècles de notre ère. Ils détruisent les grands taureaux androcéphales: c'est une tragédie, une tragédie. Soyons heureux que nos musées conservent des témoignages de ces civilisations disparues, au rang desquelles il faut compter le vieil Islam dont il ne reste rien."

Également "affligée", Élisabeth Fontan, conservateur honoraire du Louvre, qui vient juste de prendre sa retraite et se trouvait en charge des collections assyriennes, estime qu'il s'agit d'«une catastrophe irréparable". "Les responsables de l'Institut français du Proche-Orient basés à Erbil ne peuvent même pas aller sur place, précise-t-elle. En 2003, durant la guerre du Golfe, des Taureaux de Khorsabad comparables à ceux qu'on peut admirer au Louvre avaient déjà été découpés en morceaux."

Thomas Campbell, le directeur du Metropolitan Museum de New York (Met), l'un des plus grands musées du monde, a qualifié la destruction de "catastrophique" et a fait part de sa "grande tristesse".

"Une telle brutalité gratuite doit cesser, avant que tous les vestiges de l'ancien monde soient anéantis", a-t-il ajouté.