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Tels des chevaliers de l'espace revêtus de leur combinaison, Nicolas Henry de Generet, professeur de physique au collège Saint-Michel d'Etterbeek, et deux de ses élèves ont atterri mardi dernier à l'aéroport militaire de Melsbroek. De retour d'un vol à bord de l'Airbus A 300 Zero-G piloté par les astronautes Jean-François Clervoy et Philippe Perrin et équipé spécialement pour tester la micropesanteur, la petite équipe a pu réaliser une expérience à «zéro g», autrement dit, en apesanteur.

Présélection

Entreprise par l'ESA, l'Agence spatiale européenne, l'asbl Euro Space Society, Novespace et Marc Verwilghen, ministre fédéral de la Politique scientifique, cette initiative a pour but de «stimuler chez les jeunes l'intérêt pour la science et les carrières scientifiques», explique Eric Beka, Haut Représentant belge pour la politique spatiale. Cette expédition en «Zero-G» a suscité la convoitise de 28 écoles en Belgique qui ont proposé près de 68 projets. Ceux-ci, ont été analysés par une commission scientifique dirigée par l'astronaute Dirk Frimout, des professeurs d'universités et des membres de l'ESA. Seulement six écoles ont été retenues pour participer à l'expédition: le Collège Cardinal Mercier de Braine-l'Alleud, le Collège et Institut technique Saint-Vincent de Soignies, le Collège Saint-Michel de Bruxelles, le Sint-Pieterscollege de Bruxelles, le Vrij Technisch Instituut d'Ypres et le Sint-Romboutscollege de Malines.

Chaque école a pu, dès lors, tester son expérience en apesanteur mais pour arriver à faire cela, étape indispensable: créer ce «zéro g».

Vingt-cinq secondes

Pour arriver à produire celui-ci, l'Airbus opère plusieurs manoeuvres. Tout d'abord, il monte jusqu'à 6 100 m d'altitude et se stabilise. Ensuite, le pilote dresse l'appareil jusqu'à une inclinaison de 47 ° et «tire» l'avion jusqu'à 8 500 m. Pendant cette période, les passagers ressentent deux fois leur poids, soit 2 G. Après cela, le pilote «lâche les commandes» et l'avion fait alors une chute libre de 25 secondes. La gravité est alors de zéro g à l'intérieur de l'appareil; les jeunes scientifiques flottent dans l'air et peuvent démarrer leurs expériences. Nicolas Henry de Generet et ses élèves se sont intéressés à la propagation d'un liquide dans un milieu poreux homogène (éponge, murs,...) et dans un milieu fracturé, c'est-à-dire, constitué de deux milieux différents.

Paraboles

Sur terre, lors de cette expérience, on voit le liquide monter de quelques millimètres, voire de 1 cm; en apesanteur, on voit qu'il s'élève de 4 cm. L'absence de gravité permet donc d'amplifier le phénomène. Après ces courtes secondes d'expérience, l'avion se stabilise à nouveau et recommence l'opération. Il dessine alors une courbe de la forme d'une parabole, voilà pourquoi ces vols sont dits «paraboliques». Keyla, élève de Nicolas Henry de Generet, était dans l'Airbus A 300 Zero-G. Au-delà du désir de flotter dans l'air, elle souligne l'investissement important nécessaire à ce projet: «Lorsque M.de Generet nous a proposé ce concours, toute la classe était intéressée et s'est penchée sur le sujet. Au fur et à mesure de l'année, la plupart des élèves se sont éloignés du projet et l'ont laissé tomber. Ce sont donc ceux qui étaient vraiment motivés par le concours et les expériences qui ont continué et ont tenté leur chance. Voilà comment je suis arrivée à monter à bord de l'Airbus A 300.»

Eric Beka s'inquiète de voir qu'en Belgique et en Europe les jeunes ont de moins en moins d'attirance pour les études et les carrières scientifiques. Le cas d'Alexandra Kizizie le rassurera peut-être. En 2003, alors élève de Nicolas Henry de Generet, cette jeune femme participait à ce même concours. En 2006, elle remonte à bord de l'Airbus A 300 Zero-G pour un projet de plus grande ampleur en tant qu'étudiante de l'Ecam, l'Institut supérieur industriel.

© La Libre Belgique 2006