"Stoppons Bruxelles !": la nouvelle saillie de Viktor Orban
- Publié le 11-04-2017 à 14h52
- Mis à jour le 11-04-2017 à 14h54

L'Union européenne se retrouve à nouveau dans le collimateur des souverainistes au pouvoir. Ceux-ci ont lancé une consultation nationale sur les "cinq menaces" supposées venir de l'UE. Des eurodéputés demandent des sanctions à l'égard de la Hongrie. Ils ont recommencé. La Hongrie et ses dix millions d'habitants se trouvent à nouveau submergés par une campagne de communication massive de son gouvernement. Le long des routes, aux arrêts de bus, dans les escalators, les stations et les rames du métro de la capitale, partout le même message : "Állítsuk meg Brüsszelt !" (Stoppons Bruxelles). Il s'agit de populariser une nouvelle "consultation nationale", la seconde en deux ans après celle portant sur "l'immigration clandestine et le terrorisme".
Chacun des huit millions d'électeurs hongrois reçoit ainsi ces jours-ci un questionnaire dans une enveloppe estampillée du drapeau tricolore rouge-blanc-vert. Elle contient un mot du Premier ministre Viktor Orban qui explique que "Bruxelles a plusieurs plans qui vont mettre en danger l'indépendance de notre nation et la sécurité du pays. […] Les bureaucrates veulent annuler les baisses des prix de l'énergie et laisser entrer les immigrants clandestins. […] La Hongrie compte sur vous !"
Les "cinq menaces" de l'Union européenne
En six questions très orientées proposant deux réponses simplistes au choix, les citoyens hongrois sont enjoints à faire bloc contre "cinq menaces" supposées venir de l'Union européenne, et contre lesquelles le leader hongrois avait mis en garde lors de son discours sur l'état de la nation au mois de février. L'UE est accusée pêle-mêle de vouloir laisser affluer les migrants clandestins dans le pays, de vouloir annuler des baisses des prix de l'énergie imposées par l'Etat aux entreprises énergétiques, étrangères pour la plupart (une mesure extrêmement populaire), et de vouloir s'ingérer dans sa politique fiscale en annulant des baisses d'impôts.
L'immigration, une question centrale
Mais il est avant tout question d'immigration, le thème qui accapare l'action et la communication gouvernementale depuis maintenant deux ans : "Les attaques terroristes se sont succédé en Europe. Malgré cela, Bruxelles veut forcer la Hongrie à autoriser l'entrée d'immigrants clandestins dans le pays. Que pensez-vous que la Hongrie devrait faire ?" - "A : Ces personnes devraient être placées sous surveillance." - "B : Permettre aux immigrants illégaux de se déplacer librement en Hongrie."
Cette nouvelle saillie du gouvernement conservateur et souverainiste contre l'Union européenne provoque de gros remous. D'autant plus que celle-ci intervient au moment où des mesures de rétorsion et une rhétorique inquiétantes se développent à l'encontre d'organisations non gouvernementales et de l'Université d'Europe centrale (CEU) fondée par le financier-philanthrope George Soros. Tout se passe comme si le pouvoir essayait de débarrasser le pays de toute influence étrangère, jugée nocive pour la Hongrie. Viktor Orban - qui ne souhaite toutefois pas sortir de l'UE - est-il en train de franchir une ligne rouge ? Dimanche soir, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Budapest pour défendre la CEU et scander "Université libre", "démocratie" et "Europe".
Le conflit entre la Commission et Budapest
Des voix s'élèvent pour réclamer l'expulsion pure et simple de la Hongrie de l'Union, y compris au sein du Parti populaire européen (PPE) auquel son parti (Fidesz) appartient. Ainsi celle de Frank Engel, eurodéputé du PPE qui réclame l'exclusion du parti du PPE : "Il y a une conviction majoritaire que le Fidesz n'a plus rien à voir avec le PPE, si toutefois ce fut jamais le cas. Il y a un ras-le-bol total de la part de toutes les personnes raisonnables qui se disent 'm… pas encore !' Nous en avons marre à tel point que nous ne nous tairons plus. […] Orban ne peut pas quitter l'Union européenne car la Hongrie reçoit d'elle quatre milliards d'euros nets par an qui servent à entretenir son cercle intime et à subvenir à ses propres besoins, et sans cela c'est tout son édifice qui s'écroulerait."
De son côté, l'eurodéputé hongrois, du PPE également, György Schöpflin estime que "c'est un nouveau seuil dans le conflit entre la Commission et Budapest qui dure depuis 2010. Mais il faut savoir que cette pression contre la Hongrie est essentiellement du ressort de Frans Timmermans (vice-président de la Commission européenne, NdlR) qui a clairement son propre agenda. […] Et la Hongrie répond à cette pression de la Commission."
