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Des affrontements opposaient samedi pour la deuxième journée consécutive à Alep, deuxième ville de Syrie, des rebelles à l'armée syrienne, qui a par ailleurs regagné du terrain à Damas vendredi au cours d'une journée meurtrière avec plus de 200 morts.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), "des affrontements se poursuivent depuis vendredi matin entre les forces régulières et des unités rebelles dans le quartier de Salaheddine", à Alep (nord). Pour leur part, les Comités locaux de coordination (LCC, opposition) ont signalé "un exode des habitants du quartier, de peur des bombardements du régime et d'une offensive" contre Salaheddine, au coeur de la capitale économique du pays. Un nouveau front s'était ouvert vendredi dans cette ville, après que de violents combats ont éclaté le 15 juillet dans la capitale. A Damas, où la situation reste très tendue, la circulation était fluide samedi matin et aucun bombardement n'a été entendu dans le centre durant la nuit. Selon l'OSDH toutefois, les quartiers de Qadam et Assali, dans la périphérie sud de la capitale, ont été bombardés par l'armée dans la nuit. En réponse à la "bataille de libération" de Damas annoncée mardi par les rebelles, l'armée avait lancé une contre-offensive qui lui avait permis de reprendre vendredi le contrôle du quartier Midane à la suite de violents combats. Au total, 233 personnes --153 civils, 43 soldats et 37 rebelles-- ont été tuées vendredi, selon l'OSDH. Plus de 17.000 personnes ont été tuées depuis le déclenchement du soulèvement en mars 2011, selon cette organisation.

Grande contre-offensive de l'armée vendredi

L'armée a lancé vendredi une contre-offensive pour reprendre les quartiers rebelles de Damas et était engagée dans des combats sans précédent à Alep, deuxième ville de Syrie, la spirale de violences faisant des dizaines de morts. Au lendemain de la plus sanglante journée depuis le début de la révolte en mars 2011, avec plus de 300 morts selon une ONG syrienne, le Conseil de sécurité de l'ONU a prolongé pour une "dernière période de 30 jours" la mission des 300 observateurs en Syrie.

Après la "bataille de libération" de Damas annoncée mardi par les rebelles, l'armée a lancé une contre-offensive pour reprendre le contrôle des quartiers "où s'étaient infiltrés des terroristes", selon une source de sécurité. Appuyée par des chars, elle a "nettoyé" le quartier Midane, près du centre-ville, à la suite de violents combats.

Emmenés par l'armée dans ce quartier fantôme à bord de blindés, les journalistes ont vu des douilles de tous calibres jonchant la chaussée, le minaret de la mosquée Al-Majid troué par un obus et les façades d'immeubles criblées de balles.

Les corps de trois rebelles gisent, ensanglantés, près d'un pick-up surmonté d'une mitrailleuse lourde et d'un véhicule doté d'un lance-roquette, tous deux incendiés sur la place Assakhané, théâtre des combats les plus violents selon un militaire. Une fumée noire s'échappe de plusieurs appartements dévastés.

Après avoir donné l'assaut contre Qaboun la veille, l'armée a pénétré le matin dans les quartiers de Jobar (est) et Kafar Soussé (sud-ouest), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), alors que des milliers d'habitants fuyaient les violences dans la capitale.

Manifestations réclamant l'"exécution" d'Assad

A Alep, capitale économique de Syrie, de violents combats ont éclaté dans plusieurs quartiers, les premiers du genre, un deuxième front qui semble s'ouvrir dans ce conflit désormais décrit comme une "guerre civile" par plusieurs capitales et institutions internationales.

Au moins 74 personnes ont péri vendredi à travers le pays, 59 civils et 15 rebelles, selon l'OSDH.

Jusqu'à 30.000 Syriens ont fui les violences vers le Liban voisin ces dernières 48 heures, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU. Les Syriens ont aussi trouvé refuge en Turquie, en Jordanie et en Irak.

Jeudi, une source de sécurité a affirmé que l'armée était décidée "à utiliser toutes les armes en sa possession pour en finir avec les terroristes", au lendemain de l'attentat qui a tué quatre hauts responsables du cercle rapproché du président Bachar al-Assad.

Les funérailles officielles de trois d'entre eux, dont le beau-frère du président syrien, Assef Chawkat, ont eu lieu vendredi matin sur le mont Qassioun surplombant Damas, en l'absence de Bachar al-Assad, selon l'agence Sana. Le quatrième a succombé vendredi à ses blessures.

Malgré les violences, et à l'appel des militants antirégime, des manifestations de faible ampleur ont eu lieu à Damas et Deraa (sud) et les forces de l'ordre ont ouvert le feu sur des protestataires à Alep, selon l'OSDH.

Dans une rue de Mazzé, un quartier huppé de l'ouest de Damas, les protestataires ont "réclamé la chute du régime et l'exécution du président", a-t-elle précisé.

La veille, les rebelles disent avoir enregistré des succès en prenant le contrôle des postes-frontières avec l'Irak et d'un poste-frontière avec la Turquie.

A première vue, il était difficile vendredi de savoir qui tenait le poste-frontière avec l'Irak alors que selon un photographe de l'AFP, les rebelles contrôlaient le poste-frontière de Baba al-Hawa avec la Turquie, distribuant notamment à la population locale la cargaison de poids lourds qu'ils ont saisis.

La mission des observateurs prolongée de 30 jours

A l'ONU, le Conseil de sécurité a voté en faveur d'un projet de résolution présenté par les Européens prolongeant de 30 jours le mandat de la Mission de supervision de l'ONU en Syrie (Misnus).

La Russie avait menacé de bloquer ce projet mais son ambassadeur à l'ONU, Vitali Tchourkine, a finalement voté pour.

Il s'agit essentiellement, selon des diplomates, de donner le temps aux observateurs, qui ne patrouillent plus depuis la mi-juin, de préparer leur départ en bon ordre.

Le texte précise qu'après cette "période finale", la mission ne pourra être prolongée à nouveau que si Damas retire ses armes lourdes des villes, et s'il y a "une réduction du niveau de violence suffisante".

La veille, la Russie et la Chine avaient provoqué la colère des Occidentaux en opposant pour la troisième fois leur veto à une résolution du Conseil de sécurité prévoyant des sanctions contre le régime, Washington promettant d'agir désormais "en dehors" du cadre de l'ONU dans ce dossier.

Toute action en dehors de l'ONU serait "inefficace" et "porterait atteinte à l'autorité de cette organisation internationale", a réagi vendredi le président russe Vladimir Poutine.

L'Union européenne va de son côté examiner dès lundi de nouvelles sanctions contre Damas, dont le renforcement de l'embargo sur les armes, a annoncé le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui a parlé d'une "guerre civile" en Syrie.

La Russie a cependant décidé de "reporter" la livraison de trois hélicoptères de combat à la Syrie jusqu'à la "normalisation" de la situation dans ce pays. La révolte s'est militarisée face à la répression brutale menée par le régime et les violences ont fait en 16 mois plus de 17.000 morts, selon l'OSDH.