International Syrie

Alarmés par la montée de l’extrémisme parmi les rebelles syriens, les Etats-Unis ont annoncé mardi leur décision de placer le Front al-Nosra, une organisation de salafistes djihadistes, sur leur liste des groupes terroristes. Dans la foulée, le Trésor américain a pris des sanctions contre deux de leurs dirigeants, gelant leurs biens éventuels sur le territoire américain et surtout interdisant aux Américains de faire du commerce avec eux.

Le Front al-Nosra ou "Jabhat al-Nosra" est depuis la bataille d’Alep la force la plus efficace au sein des rebelles syriens. Il est lié à la mouvance irakienne d’al-Qaeda qui a voulu rendre la pareille aux "frères syriens" après avoir reçu leur appui en Irak. Le front syrien a reçu l’approbation du site Shumukh al-Islam, une référence dans les milieux salafistes djihadistes.

La décision américaine est loin d’être anodine. Elle vise à isoler cette faction violente, nourrie par des islamistes qui ont fait l’Afghanistan et l’Irak, et à légitimer l’Armée syrienne libre (ASL), rivale du Front al-Nosra.

"La vision violente et sectaire d’al-Nosra est en contradiction avec les aspirations du peuple syrien", a assuré mardi la porte-parole du Département d’Etat Victoria Nuland, ancienne ambassadrice à l’Otan. "Les extrémismes et les idéologies terroristes n’ont pas leur place dans la Syrie post-Assad".

La violence, nourrie par la vengeance, a atteint un niveau insupportable en Syrie. Mardi, plus de 125 personnes du village alaouite d’Aqrab, dans la région de Hama, ont été tuées dans une série d’attentats.

Plusieurs sources américaines affirment que les Etats-Unis s’apprêtent dans le même temps à reconnaître ce mercredi la nouvelle Coalition de l’opposition comme "la seule représentante du peuple syrien".

La décision américaine est contestée par ceux qui soulignent qu’al-Nusra est considéré par de nombreux sunnites syriens comme une alternative crédible à l’inaction de la communauté internationale. Selon l’expert belge Thomas Pierret, "le profond désespoir qui s’est emparé des Syriens après deux ans de répression a fait de Jabhat al-Nusra un acteur légitime aux yeux d’un grand nombre de gens qui ne sont nullement des extrémistes". Criminaliser cette faction risque aussi de rendre impossible la réintégration de ses jeunes éléments syriens dans le courant dominant de l’opposition. "Il aurait été préférable de leur laisser la porte ouverte", conclut-il.