Taslima Nasreen : "L’âge des ténèbres islamique"

Sabine Verhest Publié le - Mis à jour le

International

L’âge des ténèbres chrétien est passé. L’âge des ténèbres islamique, c’est maintenant." Vingt ans de vie passés sous la menace d’une fatwa n’ont pas émoussé le combat de Taslima Nasreen pour les droits des femmes et la laïcité de l’Etat. L’écrivaine, qui a fui son pays natal, le Bangladesh, en 1994, vit actuellement en Inde, sous surveillance permanente.

"La crainte d’offenser les musulmans et le monde islamique a maintenu l’islam à l’écart de l’examen critique auquel d’autres religions sont soumises", regrette l’auteure de "Lajja". "Aucun pays ne peut devenir civilisé sans critique des pratiques dogmatiques de ses religions."

Les mots qu’utilise Taslima Nasreen sont directs et tranchants. Mais ils sortent de sa bouche dans un souffle. Sans doute, quand nous la rencontrons, est-elle aussi un peu lasse de cette longue journée bruxelloise qu’elle vient de passer, d’une conférence à l’autre, d’un parlement (belge) à l’autre (européen) où ses interlocuteurs lui ont paru "comme des robots".

L’auteure, gynécologue de formation, était de passage cette semaine à Bruxelles à l’occasion du festival Millenium(*), en qualité d’ambassadrice de bonne volonté. L’occasion pour elle de rappeler le credo qui ne l’a jamais quittée : Etat et religion ne font pas bon ménage, en particulier pour le bien-être des femmes. Car "aucune religion n’est compatible avec les droits des femmes", dit-elle.

"Sans séparation de l’Etat et de la religion, aucun pays, aucune société ne peut entrer dans la modernité", assure-t-elle. "Sans critique de l’islam, il ne sera jamais possible pour les pays islamiques de complètement séparer Etat et religion, jamais possible de voir une société complètement laïque." Aussi resteront-ils "dans les ténèbres" et "les femmes ne bénéficieront pas du droit de vivre comme êtres humains".

"L’histoire est comme un pendule"

On ne sera dès lors pas vraiment surpris d’apprendre que Mme Nasreen est "fan de Kemal Atatürk" - le fondateur de la république turque et père de la laïcité dans le pays - et suit avec "espoir" les manifestations de la place Taksim contre les dérives du gouvernement islamiste du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

L’espoir qui avait été le sien lors des révolutions arabes s’est, en revanche, complètement dissipé. Aujourd’hui, au cœur de "l’hiver arabe", elle redoute de voir "les islamistes transformer la démocratie en théocratie". En témoigne la situation en Egypte, "devenu l’un des pires pays au monde", pense-t-elle. En témoigne aussi le sort réservé aux militantes de Femen en Tunisie. "Ces femmes ne commettent pas de violences. Elles protestent pacifiquement contre les injustices. Elles sont victimes de l’inquisition de la société misogyne", ajoute la féministe bangladaise. "Je soutiens ce mouvement . Elles sont courageuses et se battent pour la bonne cause. Prendre des risques pour sauver l’humanité est très humain. J’apprécie cela."

Aujourd’hui, ce dont a besoin le monde musulman, c’est de "dirigeants éclairés qui croient en l’égalité des genres". Mais l’histoire est comme un "pendule" et "l’âge des ténèbres islamique terminera un jour. Les gens veulent profiter de la vie, pas la voir dépossédée par les fondamentalistes religieux".

(*) Ce festival international du film documentaire se tient jusqu’au 9 juin à Bruxelles. http://www.festivalmillenium.org

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