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ÉCLAIRAGE

Sous le regard des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran a commencé mercredi à lever les scellés apposés sur l'usine de conversion d'uranium d'Ispahan. Un développement attendu mais qui corse un peu plus l'épreuve de force engagée avec les Européens et les Américains: les gouverneurs de l'AIEA n'ont pu que prendre acte de leurs dissensions mercredi, à Vienne, et renvoyer au lendemain l'adoption éventuelle d'une résolution qui semble devoir exclure toute saisine du Conseil de sécurité de l'Onu.

Si tel est le cas, l'Iran devra son salut à ses deux alliés au sein du Conseil: la Russie et la Chine. On sait que Moscou a développé des liens commerciaux substantiels avec Téhéran et fournit une coopération nucléaire qui inclut, aux termes d'un accord du 1er mars, la fourniture de combustible pour la centrale de Bushehr. On sait moins que la Chine entretient avec l'Iran des relations d'une cordialité exceptionnelle. Elle contribua pendant vingt ans au programme nucléaire iranien. Et à la création de l'usine d'Ispahan.

Paradoxalement, alors que Russes et Chinois parlent aujourd'hui à l'unisson sur le dossier iranien, c'est la hantise d'une poussée soviétique vers le golfe Persique, à l'époque de la grande rivalité entre les deux géants du communisme, qui convainquit la Chine rouge de courtiser l'Iran du Shah. La révolution islamique jeta un froid sur cette idylle mais pour peu de temps: l'occupation de l'Afghanistan ne fit que conforter Pékin dans l'idée qu'il fallait trouver des alliés pour contrer l'expansionnisme de Moscou.

La guerre irano-irakienne allait donner à la Chine l'occasion de tisser des liens encore plus étroits. Elle s'efforça, certes, de garder une certaine équidistance entre les belligérants et joua même les médiateurs. Elle ne s'engagea pas moins dans des livraisons d'armes à Téhéran on ne peut plus massives et diversifiées. Au point que les experts estiment que, Pakistan et Corée du Nord exceptés, aucun autre pays n'a bénéficié d'une assistance chinoise aussi poussée, en quantité et en qualité.

Coopération nucléaire

Le nucléaire n'a pas fait exception. La coopération sino-iranienne dans ce domaine remonte à 1985 et à la signature d'un premier accord, quoique Pékin ne l'ait officiellement reconnu que six ans plus tard. Elle concerna d'emblée le complexe d'Ispahan, ouvert l'année précédente, avec la fourniture de matériel, puis la formation en Chine d'une quinzaine de savants qui y furent affectés.

La Chine, comme l'Iran, a toujours considéré que cette collaboration s'inscrivait dans le cadre d'une utilisation civile de l'énergie nucléaire permise par le Traité de non-prolifération. L'AIEA, qui inspecta les technologies transférées par Pékin, conclut pareillement à l'impossibilité d'un détournement à des fins militaires. Il n'empêche que les Américains n'ont cessé de manifester leur inquiétude et ont multiplié les pressions sur la Chine pour qu'elle cesse ses fournitures à l'Iran.

Soucieuse de préserver sa propre coopération nucléaire avec les Etats-Unis, la Chine obtempéra plus d'une fois, annulant plusieurs commandes dont celle d'une usine de production d'hexachlorure d'uranium, un gaz utilisé dans l'enrichissement de l'uranium. Il semble, toutefois, que les Chinois prirent soin d'aider leurs amis iraniens à poursuivre seuls le travail ainsi interrompu...

Pékin a toujours, en effet, de bonnes raisons de maintenir ses rapports avec Téhéran au beau fixe. Moscou n'est plus une menace mais l'islamisme en est devenu une et l'Iran peut exercer une influence modératrice sur les populations musulmanes qui vivent de part et d'autre de la frontière chinoise en Asie centrale. Sur les Tadjiks, en particulier, qui sont de culture persane.

C'est néanmoins le pétrole qui reste la motivation principale. L'Iran est sans doute appelé à devenir le principal fournisseur d'une Chine dont l'appétit énergétique semble ne plus devoir connaître de limites. Un oléoduc reliera bientôt les deux pays, via la Caspienne et le Kazakhstan, tandis que des entreprises chinoises, déjà très présentes en Iran, participeront à l'exploitation des gigantesques gisements découverts l'an dernier dans le sud-ouest du pays.

© La Libre Belgique 2005