Terrifiées, deux familles fuient Syrte sous les tirs des snipers

AFP Publié le - Mis à jour le

International Surgissant au beau milieu des mitrailleuses et des lance-roquettes, deux familles du Bangladesh, terrifiées, émergent de la ligne de front mais leur répit est de courte durée. Le pick-up qui doit les sortir de l'enfer de Syrte démarre en trombe sous le feu des tireurs embusqués.

"Allah Akhbar", "Allah Akhbar", répètent en se serrant la main les quatre hommes recroquevillés à l'arrière de la camionnette lancée à toute allure dans les rues défoncées de la ville assiégée. Au-dessus de leur tête, les balles continuent de siffler.

"Trop de combats, pas d'eau, pas de nourriture, pas de sommeil", balbutie Mohamed Nour, la bouche sèche, tapi sur un tas de couvertures et de valises. Du doigt, il désigne sa femme à l'intérieur du véhicule, qui serre un nourrisson dans ses bras aux côtés d'une autre mère et de ses deux enfants.

Après quelques minutes de course folle, le vacarme des féroces combats entre pro et anti-Kadhafi commence à s'éloigner. Hagard, Mohamed aspire de grandes goulées d'air.

Avec sa famille et celle de son ami, un autre Bangladeshi, il habitait au coeur de Syrte, dans le quartier N°2 où sont retranchés les partisans du "Guide" déchu et que pilonnent depuis des jours les forces du nouveau pouvoir libyen.

"On était cernés par les tirs", raconte-t-il, les yeux embués.

"Les +rebelles+ sont venus à notre secours. Ils ont crié +Dieu est grand+, on a su que c'était eux, on est sorti en courant", explique l'homme, employé dans la construction depuis treize ans en Libye.

Difficile pour Mohamed de dire s'il reste encore beaucoup de civils dans le centre-ville du bastion kadhafiste. Seule certitude: une autre famille de Bangladeshis vivait à quelques rues de leur maison.

Quelques kilomètres plus loin, le pick-up marque l'arrêt dans un hôpital de campagne accueillant à la sortie de Syrte les combattants blessés. La vue d'un bébé, d'un petit garçon et d'une fillette arrache des sourires attendris aux infirmiers.

Un quart d'heure plus tard, c'est le soulagement: la famille restée derrière rejoint ses compatriotes à bord d'une camionnette.

"Les soldats de Kadhafi nous avaient dit de ne pas bouger, de rester chez nous", raconte Taha Saha, étudiant à Syrte.

Puis le siège de leur quartier a commencé, empêchant toute fuite. "On ne dormait plus depuis des jours, on entendait des missiles, des tirs, on était terrifiés", dit-il, visiblement épuisé.

Cet après-midi, enfin ils ont pu partir, dans la panique. "En courant mon père est tombé, il pleurait", confie-t-il avant de s'engouffrer dans l'hôpital.

"Je ne sais pas où on va les installer, mais on va prendre bien soin d'eux", assure Ahmed Mustapha, étudiant en médecine.

Tous les civils sortis lundi du quartier N°2 ne recevront pas le même traitement. Découverts dans une ferme derrière la ligne de front, deux jeunes Tchadiens ont été arrêtés un peu plus tôt dans la journée.

Ils ne portaient aucune arme, mais des traces sur leurs pouces et leurs index les rendent suspects, tout comme le butin retrouvé sur eux: argent liquide, bijoux en or, téléphones portables.

"Ils disent qu'ils étaient payés pour apporter de la nourriture aux soldats de Kadhafi", affirme le capitaine Ahmed Soussi après un bref interrogatoire.

"Peut-être qu'ils étaient forcés à le faire, peut-être que non, nous allons enquêter", conclut-il, alors que les deux jeunes Africains, résignés, partent sous bonne escorte sous les cris victorieux des combattants.

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