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Que reproche le Maroc à Belliraj ? Avec ses coaccusés, dont deux autres Belgo-Marocains (Abdellatif Bekhti, Mustapha Thami), il répond de neuf préventions, de l'assassinat au blanchiment en passant par l'association de malfaiteurs à vocation terroriste. En cause : des armes cachées sur sol marocain (selon la défense, des faits anciens et relatifs à un pays voisin); l'accusation portée au Maroc que Belliraj aurait été comparse ou bénéficiaire d'un hold-up commis le 17 avril 2000 à Kehlen (au Luxembourg où Bekhti avait été condamné pour ce fait mais s'était ensuite évadé); le soupçon que Belliraj serait le commanditaire ou l'exécutant de six assassinats commis à Bruxelles, dont ceux du recteur de la Grande mosquée, Abdullah Ah-Adhal (29 mars 89), et du président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique, le Dr Joseph Wybran, le 3 octobre 89. Il serait même question de la patte de l'ancien terroriste Abou Nidal.

Mais le doute mine ce dossier à tiroirs. Ainsi, tout débute en réalité trois semaines avant l'arrestation officielle de Belliraj, le 18 février. Selon des informations non officielles mais convergentes, il est interpellé par un service secret marocain. On ignore bien sûr ce qui s'est dit, quelles éventuelles pressions ont été exercées, mais le Maroc fait ensuite savoir par la bande qu'il s'agit d'un informateur de la Sûreté de l'Etat belge (information exacte). Et le mystère d'envahir le dossier, d'autant que l'ancien chef de la Sûreté nationale du Maroc avait été évincé en 2006 pour manque de résultat. A-t-on fait plus spectaculaire ?

Autre raison du doute : Belliraj a tout avoué devant les policiers (de vives pressions physiques et mentales ont été évoquées), mais a quasi tout nié devant son juge d'instruction. Or au Maroc, dit Me Ziane, seules les déclarations au juge comptent.

De plus, parmi les accusés, se trouvent des membres du parti islamiste modéré Al Badil Al Hadari, dissout dans la foulée des arrestations. L'affaire a-t-elle un pan politique ?

Enfin, on a relevé la mauvaise qualité de la collaboration entre Maroc et Belgique, sur le sujet. Ce qui pousse certains à s'interroger sur le contenu véritable du volet "belge".