TF1 se met tout le monde à dos, l’affaire Merah patine

Bernard Delattre, Correspondant permanent à Paris Publié le - Mis à jour le

International

De lourdes sanctions financières, du Conseil supérieur de l’audiovisuel : pour non-respect des obligations déontologiques. Et des poursuites pénales : pour violation et recel du secret de l’instruction - passibles de jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Telle est la double menace qui pèse sur la chaîne privée TF1 et sur ses dirigeants, depuis dimanche soir. Depuis la diffusion, dans le magazine "Sept à Huit" puis dans le JT de 20 heures, de larges extraits des enregistrements audio réalisés par les forces de l’ordre lors de la longue négociation qu’elles eurent, fin mars, avec Mohammed Merah. Avant que l’assaut soit donné, et qu’y périsse le jeune terroriste salafiste, auteur de sept assassinats - de militaires de Montauban, et de membres d’une école juive de Toulouse.

En agissant de la sorte, TF1 a probablement voulu redresser les audiences de son 20 heures (de plus en plus concurrencé par celui de France 2), ainsi que de son magazine dominical (qui ne fait plus l’actualité depuis longtemps). En attendant, la chaîne a continué lundi à s’attirer un tombereau de critiques, d’une intensité rarement vue ces dernières années. Ce qui n’a pas empêché plusieurs médias (des télés d’info continue, la radio RMC, ou "Le Monde") de l’imiter, lundi. A leur tour, ils ont diffusé ces enregistrements ou détaillé leur contenu. Alors que ces bandes, vu leur caractère sensible, faisaient l’objet de mesures de protection exceptionnelles : leur accès avait même été refusé aux familles des victimes.

Ces dernières, de même que les associations juives et nombre de politiques (de gauche comme de droite), ont été indignées par cette tribune posthume donnée de facto au tueur, et par la mise en valeur cathodique de sa personnalité égotiste et de son discours antisémite. "Diffuser un compte rendu de crime, ce n’est pas de l’information, c’est de l’apologie" , s’est, ainsi, effaré l’avocat d’une des parties civiles. Qui redoutent plus que tout la diffusion, à présent, des images des tueries, filmées par le terroriste.

TF1 se défend de toute dérive sensationnaliste - sur un sujet à propos duquel, déjà, certains médias (les télés d’info continue) ont été accusés d’en avoir fait beaucoup trop, à l’époque. La chaîne assure "avoir expurgé du document brut les éléments qui auraient pu choquer le public et les familles des victimes" , ainsi que "les éléments de langage propagandistes" . Et elle se retranche derrière "le droit à l’information" . Les bandes contiendraient "des informations très importantes" . Des infos à la fois sur la personnalité, l’itinéraire et les motivations du terroriste, sur son modus operandi criminel, sur ses relations avec les services de renseignement, et sur la manière dont s’est déroulé le siège de son repaire, par les forces de l’ordre.

Dans les faits et sur le fond, pourtant, ces enregistrements n’ont, globalement, qu’illustré ce que nul n’ignorait déjà : la froide détermination du tueur, son profil manipulateur, son aplomb cynique. Rien, ou si peu, d’absolument neuf ou capital n’est apporté, sur son profil de jihadiste, ses relations avec les autorités, ou la manière dont il a tué.

Et deux questions, majeures, demeurent. Un : les services de renseignement ont-ils fauté ? Car ils auraient tenté de manipuler le jeune homme, mais auraient ensuite, et en fait, été manipulés par lui. Deux : le siège si interminable et médiatisé qui lui a été fait n’a-t-il relevé que de la mise en scène ? Car la décision aurait été prise, d’emblée et en haut lieu, qu’il n’en sorte pas vivant : témoin de failles d’Etat, donc trop gênant.

C’est la thèse des proches de Mohammed Merah. Qui ont annoncé - comme plusieurs fois précédemment, sans suite - qu’ils remettraient à la justice, cette semaine, "des preuves ". Qui iraient dans le sens d’une manipulation d’Etat ayant mal tourné, et de dysfonctionnements au sommet des services de renseignement ainsi que de l’appareil policier.

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