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Ils sont soupçonnés d'avoir détourné des centaines de milliers d'euros via une association: Théo Luhaka, devenu un symbole des violences policières après son interpellation en 2017 à Aulnay-sous-Bois, a été placé en garde à vue mardi avec cinq membres de sa famille.

Tous les six sont entendus dans le cadre d'une enquête dirigée par un juge d'instruction pour "escroquerie en bande organisée, abus de confiance et blanchiment", impliquant notamment une association de médiation, "Aulnay Events", présidée par un frère aîné de Théo, Mickaël Luhaka, et basée à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Les interpellations ont eu lieu au petit matin. Les gardes à vue peuvent durer jusqu'à 96 heures.

L'enquête, confiée à la police judiciaire de Seine-Saint-Denis, avait été ouverte mi-2016, soit plusieurs mois avant l'interpellation du 2 février 2017 au cours de laquelle Théo avait été grièvement blessé dans la zone anale.

Quatre policiers ont été mis en examen, dont l'un pour viol, dans cette affaire au retentissement national, qui avait entraîné des épisodes de violences à Aulnay-sous-Bois et dans les communes alentours.

La révélation dans la presse, quelques semaines plus tard, que la famille Luhaka était visée par une enquête pour escroquerie avait été interprétée par cette dernière comme une volonté de décrédibiliser son combat.

Sur la page Facebook "Justice pour Théo", administrée par la famille, un message publié mardi matin soulignait que Théo était sorti lundi de l'hôpital où il s'était vu retirer la poche médicale qu'il portait depuis sa blessure.

"Certainement que la justice fera son travail, toute la situation sera éclaircie, cependant: qu'est ce qui effacera tous ces traumatismes que l'on nous inflige?" est-il écrit.

L'avocat de Théo, Antoine Vey, a estimé auprès de l'AFP qu'il était "pour le moins malheureux" que les membres de la famille aient été placés en garde à vue alors qu'ils étaient "en train de fixer des dates d'audition".

Il était "tout à fait souhaité par la famille d'être entendue et de pouvoir donner des explications", a-t-il ajouté.

"Opération de communication"

Pour Me Vey, l'interpellation de Théo - qui a selon lui simplement reçu "des sommes correspondant à son activité dans les associations" de son frère Mickaël - relève de l'"opération de communication" pour faire croire "à l'opinion publique que c'est un délinquant".

L'enquête avait débuté après un signalement en 2015 de l'Inspection du travail concernant l'association de médiation auprès des jeunes des quartiers présidée par Mickaël Luhaka. Une deuxième association, domiciliée dans le XVIIIe arrondissement de Paris a également fait l'objet d'un signalement, en avril 2017.

Les inspecteurs du travail ont relevé des irrégularités sur l'utilisation de subventions pour l'embauche de contrats aidés notamment. Les enquêteurs s'interrogent sur la réalité de ces emplois et sur des versements à destination des membres de la famille, dont Théo, selon une autre source proche de l'affaire à l'époque. Les sommes engagées pourraient s'élever à des centaines de milliers d'euros.

Mickaël Luhaka s'était défendu dans Le Parisien d'avoir employé des salariés fantômes. Il affirme avoir recruté en CDI plus de 30 salariés pour assurer les activités d'"Aulnay Events", dont des membres de sa famille comme animateurs, pour "mettre en place des activités et organiser des séjours".

Cette procédure "n'a aucun lien avec les faits dont j'ai été victime", avait de son côté déclaré Théo à L'Obs en juin 2017, ajoutant: "Pour ce qui concerne mon frère, c'est à lui d'en répondre."

Grièvement blessé le 2 février 2017, à 22 ans, lors de son interpellation à Aulnay-sous-bois, Théo affirme avoir été violé à l'aide d'une matraque. Le président de l'époque, François Hollande, s'était notamment rendu à son chevet.

Des expertises sont en cours dans le cadre de l'instruction ouverte à Bobigny. L'enjeu: déterminer si la matraque a été utilisée dans les règles et évaluer la gravité des séquelles de Théo. Si le jeune homme se voit reconnaître une infirmité permanente, l'affaire pourrait passer aux assises, même si la qualification de viol n'était pas retenue faute d'éléments prouvant l'intentionnalité du geste.

Trois des quatre policiers mis en cause ont été réintégrés. Seul le fonctionnaire mis en examen pour viol reste suspendu.