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L'opposante ukrainienne Ioulia Timochenko, libérée samedi après plus de deux ans d'incarcération, a la réputation d'une dame de fer et a montré une combativité impressionnante aussi bien au poste de Premier ministre que quand elle était en prison.

Dans la crise qui touche l'Ukraine depuis fin novembre, l'ex-Premier ministre est apparue comme l'opposante la plus radicale au régime de Viktor Ianoukovitch, élu en 2010. Elle l'a accusé de transformer l'Ukraine en Corée du Nord et jugé inutile toute négociation avec lui, appelant jeudi, après des tirs à balles réelles en plein centre de Kiev qui ont fait des dizaines de morts, à sa mise à l'écart immédiate et à des poursuites judiciaires contre lui. Le lendemain, sous la pression d'une troïka de l'Union européenne, le président donnait son accord pour une présidentielle anticipée et le Parlement votait une loi permettant la libération de celle qui est son ennemi juré depuis dix ans.

Mais alors que certains manifestants de Maïdan regrettaient l'absence d'un leader de son calibre pour renverser le régime dès le début de la contestation, la sortie de prison de Mme Timochenko pourrait en réalité compliquer la situation pour l'opposition, selon des experts. "Nous voyons une fracture dans l'opposition, et l'entrée de Timochenko dans l'équation pourrait être très perturbante", estime Andrew Weiss, du Carnegie Endowment for International Peace.

Les leaders de l'opposition "en ont horriblement peur, bien plus que de Ianoukovitch", a estimé le politologue russe Stanislav Belkovski sur la radio Echo de Moscou. "Il est clair que quand Ioulia Timochenko sortira de prison, la première chose qu'elle fera sera de mettre K.O. Vitali Klitschko (...) Ensuite elle limogera Arseni Iatseniouk (chef du parti de Mme Timochenko, Batkivchtchina, ndlr). Puis Oleg Tiagnibok (chef du parti nationaliste Svoboda, ndlr) disparaîtra quelque part", a-t-il poursuivi.

Accord gazier avec la Russie

Agée de 53 ans, cette femme élégante et rompue aux techniques de communication s'est fait connaître du monde entier en 2004. Reconnaissable à sa tresse traditionnelle, elle s'était faite l'égérie de la Révolution orange pro-occidentale qui secouait le pays. Elle haranguait les foules à Kiev contre le Premier ministre de l'époque, également candidat à la présidentielle et soutenu par Moscou, Viktor Ianoukovitch.

La coalition "orange" qu'elle formait alors avec Viktor Iouchtchenko l'emporte, soutenue par les Occidentaux, et au grand dam de la Russie de Vladimir Poutine. Les années de pouvoir ont ensuite défait cette alliance - Timochenko quitte le gouvernement, puis en reprend la tête en 2007 - jusqu'à la présidentielle de 2010, qui marque le retour victorieux de Viktor Ianoukovitch. Les ennuis judiciaires commencent alors pour Mme Timochenko. Elle est condamnée en 2011 à sept ans de prison pour avoir signé en sa qualité de chef du gouvernement un accord gazier avec la Russie à des conditions jugées défavorables à son pays. Spécialisée dans ce secteur qui a fait sa fortune au début des années 90, on la surnomme même la "princesse du gaz".

Elle est également soupçonnée de complicité dans le meurtre d'un député. Elle rejette toutes ces accusations, dans lesquelles elle dénonce une vengeance du pouvoir visant à l'écarter de la scène politique. Son incarcération et sa condamnation deviennent très rapidement un écueil majeur dans les relations entre l'Ukraine et les Occidentaux, qui demandent sa libération. Même derrière les barreaux, cette politique aux nerfs solides continue de combattre le pouvoir de M. Ianoukovitch.

Ses références : Jeanne d'Arc et Thatcher

C'est ainsi qu'elle observe une grève de la faim de trois semaines pour protester contre des violences dont elle affirme avoir été victime. Transférée en mai 2012 à l'hôpital de Kharkiv (est) afin d'y être soignée pour des hernies discales, elle accuse le président de l'y soumettre à une vidéosurveillance de tous les instants, jusque dans les toilettes.

Cette femme menue avait acquis bien avant son incarcération sa réputation de "dame de fer". Dans le bureau qu'elle occupait à Kiev, une statuette de Jeanne d'Arc, les mémoires de l'ex-Première ministre britannique Margaret Thatcher et un livre sur l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright montraient ses références politiques et la hauteur de ses ambitions. Ses adversaires politiques la considèrent en revanche comme une pure opportuniste et une manipulatrice et s'appliquent à souligner les zones d'ombre de son parcours.

Née le 27 novembre 1960, ingénieur-économiste à l'époque de l'URSS, elle a dirigé une importante compagnie énergétique, bénéficiant du monopole de l'importation de gaz russe en Ukraine après l'indépendance du pays en 1991. Selon ses détracteurs, elle coopérait alors très étroitement avec Pavlo Lazarenko, ex-Premier ministre aujourd'hui incarcéré aux Etats-Unis pour escroquerie et blanchiment d'argent, ce qui lui a valu d'être visée par des enquêtes en Russie et en Ukraine. Son mari Olexandre a obtenu l'asile politique en République tchèque après son emprisonnement. Leur fille unique, Evguenia, a lutté sans relâche pour sa libération en multipliant les rencontres en Occident.