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Le régime du président syrien Bachar al-Assad a lancé le 18 février une offensive meurtrière pour reconquérir l'enclave rebelle dans la Ghouta orientale, qui constitue le dernier fief des insurgés près de Damas.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), plus de 1.340 civils, dont 270 enfants, ont été tués et des milliers blessés en près d'un mois de bombardements.

Le régime contrôle désormais plus de 70% de la partie rebelle de la Ghouta, d'après l'OSDH.

Mort et désolation

Le 18 février, les forces du régime tirent plus de 260 roquettes et l'aviation mène des raids intensifs sur plusieurs localités rebelles de la Ghouta orientale. Le lendemain, l'armée tue 127 civils, le bilan le plus lourd sur une journée dans l'enclave.

Le 20, selon l'OSDH, l'aviation russe bombarde le fief rebelle pour la première fois depuis trois mois.

Le lendemain, outre des bombes, les avions larguent des barils d'explosifs, dont l'utilisation est dénoncée par l'ONU et des ONG.

Pour le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, la Ghouta orientale est devenue "l'enfer sur Terre".

'Nouvel Alep'

Le 22, le représentant syrien à l'ONU Bachar Jaafari, lance: "la Ghouta orientale deviendra un nouvel Alep". Après des bombardements dévastateurs, le régime avait repris les quartiers rebelles d'Alep, deuxième ville de Syrie, en décembre 2016.

Le 24, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte à l'unanimité une résolution réclamant "sans délai" un cessez-le-feu humanitaire d'un mois.

Mais le lendemain, les forces prorégime engagent de violents affrontements avec les insurgés et poursuivent les bombardements.

Quatorze cas de suffocation sont rapportés après un bombardement du régime, indique l'OSDH. Un médecin évoque une "probable attaque au gaz de chlore".

Trêve violée

Le 26, le président russe Vladimir Poutine ordonne l'instauration d'une "trêve humanitaire quotidienne" de 09H00 à 14H00.

Mais dès le lendemain, le régime bombarde à nouveau. L'armée russe accuse les rebelles d'avoir ouvert le feu sur le "couloir humanitaire" mis en place pour l'évacuation de civils.

L'étau se resserre

Le 4 mars, une source militaire indique que l'armée syrienne a "progressé sur plusieurs fronts".

Le 5, le premier convoi d'aides depuis le début de l'offensive entre dans l'enclave rebelle, mais ne peut livrer toute sa cargaison en raison de bombardements.

L'OSDH affirme que "18 cas de suffocation et de difficultés respiratoires ont été recensés dans la localité de Hammouriyé après le lancement d'une roquette par un avion militaire", sans préciser l'origine de ces malaises.

Le 10, les forces du régime isolent Douma du reste de la Ghouta. Elles parviennent à diviser la région en trois: Douma et sa périphérie au nord, Harasta à l'ouest et le reste des localités au sud. Le lendemain, elles reprennent la ville de Madira.

Exode

Le 12, l'ONU affirme que "plus d'un millier de personnes doivent urgemment être évacuées". Vingt-huit hôpitaux, cliniques et dispensaires ont été visés par l'armée syrienne et neuf professionnels de santé tués depuis le début de l'offensive.

Les Etats-Unis déposent à l'ONU une nouvelle résolution pour un cessez-le-feu.

Le 15, près de 20.000 civils fuient Hammouriyé et des localités environnantes, d'après l'OSDH. L'ambassadeur syrien à l'ONU a évoqué le chiffre de 40.000.

Une nouvelle évacuation médicale a lieu à Douma pour le 3e jour consécutif, et un nouveau convoi d'aide entre dans la ville.

La Russie indique qu'elle va continuer de "soutenir" les forces de Damas dans leur offensive. "La Russie est moralement complice et responsable des atrocités d'Assad", réagit le Pentagone.

Le 16, près de 80 civils périssent dans les frappes, les habitants continuent de fuir par centaines.

L'OSDH fait état de "corps carbonisés" à Kfar Batna, signalant l'utilisation de "bombes incendiaires". Aucune confirmation indépendante n'a pu être obtenue.

Les forces du régime reprennent le contrôle total de la localité de Hammouriyé, au lendemain d'une contre-offensive de rebelles et de jihadistes.

Moscou accuse les Occidentaux de protéger les "terroristes".

L'armée exhorte les habitants à fuir via "des couloirs sécurisés".

Dans la Ghouta, des soldats syriens retrouvent leurs familles fuyant la "terreur"

En larmes, le soldat syrien Ayman al-Khatib se jette au pied d'un quinquagénaire couvert de poussière. Il vient de retrouver son père, après sept ans de séparation, au milieu d'une foule de civils fuyant un secteur rebelle dans la Ghouta orientale.

"Notre séparation s'est éternisée, je reviens à la vie en le revoyant", s'émeut Zakariya, le père, keffieh rouge et blanc sur la tête, serrant la main de son fils qu'il vient de retrouver près de Hoch Nasri, au nord-est de Damas.

Fuyant les bombardements et les combats dans les zones encore aux mains des insurgés dans la Ghouta orientale, des centaines de familles ont afflué vendredi dans ce secteur récemment reconquis par le régime.

"J'étais en contact avec ma famille, je savais qu'ils allaient sortir aujourd'hui", confie le soldat Ayman, 25 ans.

Le jeune homme a rejoint l'armée en 2011 pour son service militaire, obligatoire en Syrie, et n'a pas déposé les armes depuis. Et quand les rebelles ont pris le contrôle de la Ghouta orientale, un an plus tard, il a de fait été coupé de sa famille.

"Je suis comme un homme assoiffé au milieu du désert qui a enfin trouvé de l'eau", poursuit-il, essuyant le visage couvert de poussière de son père.

Emu, il pose son fusil et prend dans ses bras l'un de ses trois neveux, qu'il voit pour la première fois.

La famille attend l'arrivée d'un bus qui doit les transporter vers un des centres d'accueil mis sur pied à la hâte par les autorités de Damas pour faire face à l'afflux de déplacés de la Ghouta.

'Double joie' 

A la faveur d'une offensive meurtrière lancée le 18 février, les forces gouvernementales ont reconquis 70% de l'enclave, qui est le dernier fief rebelle aux portes de la capitale.

Pour fuir les bombardements, les habitants n'ont d'autres choix que de rejoindre des zones contrôlées par le régime.

"Ma joie est double", confie le père. "D'abord parce que j'ai retrouvé mon fils après de longues années, et parce que je laisse derrière moi l'injustice, l'oppression et la faim", poursuit-il.

Jeudi, quelque 20.000 civils étaient sortis des zones rebelles, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Les autorités de Damas avancent le chiffre de 40.000 personnes.

Un peu plus loin, un autre soldat tente de consoler une vieille femme toute vêtue de noir, qui pleure sur son épaule. Mais Zahraa Nasser refuse obstinément le pain et l'eau que lui tend son neveu en uniforme militaire, Aref Awad.

"Il m'a reconnue avant que je le reconnaisse, son visage a tellement changé", s'exclame la sexagénaire.

Le fils de sa soeur avait aussi rejoint l'armée pour effectuer son service militaire avant le début du conflit en 2011.

"Aujourd'hui, je ressens la valeur de mon engagement", confie fièrement le jeune homme. "Ma tante a été libérée mais j'ai encore des proches à l'intérieur".

'Repartir à zéro' 

Les déplacés s'entassent par milliers dans des centres d'accueil improvisés, dans des écoles ou d'autres abris temporaires, que les autorités de Damas ont mis en place à la périphérie de la capitale.

"Il y aura aujourd'hui de nouveaux arrivants, les effectifs sont très importants", affirme Rateb Adas, adjoint au gouverneur de la province de Damas. "On essaye de sécuriser de nouveaux sites pour les accueillir et leur apporter les services" de base.

Dans la localité d'Adra, dans un secteur gouvernemental au nord de l'enclave rebelle, quelque 3.000 personnes ont été installées dans une école, où des impacts de balles sont encore visibles sur les murs.

Les civils ont reçu de l'eau et de la nourriture. Mais certains ont passé la nuit de jeudi à vendredi dans la cour, dormant à même le sol au pied du panier de basket, avec comme seule protection des couvertures.

"On a passé 27 jours dans la terreur, dans la peur, avec des bombardements", explique Yassine, 35 ans, ouvrier agricole originaire de la localité de Hammouriyé.

"Je veux régulariser ma situation, travailler et nourrir ma famille, je n'ai pas besoin qu'on me nourrisse", assure le trentenaire, marié et papa de quatre enfants. "On a perdu sept ans de notre vie. On veut repartir à zéro!"