Triste Aïd el-Fitr à Alep

afp Publié le - Mis à jour le

International "Il n'y a aucune raison de faire la fête dans cette ville", lâche Abou Mohammed, un jeune vendeur de fruits installé sous un pont pour se protéger des bombardements qui ne faiblissent pas sur la ville syrienne d'Alep, où personne n'a le coeur à fêter la fin du ramadan.

Habituellement, le quartier de Chaar est bondé au moment des célébrations de l'Aïd el-Fitr, les uns se bousculant dans les magasins, les autres rendant visite à leurs proches.

"Regardez maintenant, tout est vide!", se lamente Abou Mohammed, 25 ans. "Les gens sont partis ou ont peur de sortir", explique-t-il, en chassant les mouches venues se poser sur les quelques poires exposées sur son chariot.

"Franchement, il y a des moments où j'oublie que c'est l'Aïd. Il n'y a aucune raison de faire la fête dans cette ville. Pour moi, ce n'est qu'un jour de plus que Dieu m'a permis de vivre", poursuit-il.

Alep a longtemps été un carrefour reliant l'Europe à l'Asie et le Levant à l'Afrique sur la route de la soie. Elle était jusqu'il y a peu la ville la plus riche de Syrie. Mais avec les combats, l'économie de la ville commerçante est désormais en chute libre.

La guerre a interrompu l'activité des industries détenues par l'Etat dans les zones rebelles, la pénurie de carburant a mis un frein à l'agriculture et l'exode massif a privé le marché local de bon nombre de consommateurs.

Les Alépins qui n'ont pas fui, en majorité des hommes restés pour surveiller leurs biens ou des familles qui n'avaient nulle part où aller, accusent le président Bachar al-Assad de chercher à les affamer.

Les boulangeries sont devenues une cible de choix des chars et des raids aériens ces dernières semaines. Pour les habitants, le message est clair: ceux qui restent à Alep soutiennent les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) et s'exposent à la mort, même en achetant leur pain.

"Ils essaient de nous affamer"

Dans le quartier central d'Al-Mayassar, une soixantaine d'hommes font la queue sous le soleil de midi, mais la file s'étend sur le trottoir en face de la boulangerie, afin de se protéger des éventuels bombardements.

Miraculeusement, la boutique est toujours debout, bien qu'un raid aérien ait détruit un immeuble sur sa droite et qu'un char ait tiré sur l'échoppe à sa gauche, y tuant une fillette.

"Ils essaient de nous affamer pour nous forcer à quitter la ville. Ce sont des monstres", s'emporte Abou Issa, un maçon de 39 ans qui a réussi à faire partir sa famille il y a quelques jours.

"Il n'y a pas d'Aïd pour Bachar, rien n'est sacré pour lui. Ils veulent frapper partout, sur les mosquées, les hôpitaux, les boulangeries, les enfants. Qu'est-ce que c'est que cet Aïd?", martèle-t-il.

La tradition veut qu'à l'Aïd, les Syriens revêtent leurs plus beaux habits pour visiter leurs proches et se recueillir sur les tombes des disparus. Rien de tout cela n'a eu lieu cette année à Alep.

Quelques véhicules s'aventurent sur les routes, avec à leur bord des rebelles ou des familles qui voulent fuir Alep en zigzagant entre les barrages de pneus, de parpaings ou de meubles, et les décharges à ciel ouvert, de plus en plus nombreuses dans cette ville, jadis vitrine de la bourgeoisie syrienne.

Sur le rond-point de Chaar, Moustapha al-Omar, 75 ans, trie des fruits secs devant sa boutique. "C'est l'Aïd le plus triste que j'aie connu. Il n'y a plus personne dans la ville. Personne n'achète les gâteaux de l'Aïd parce qu'il n'y a plus d'argent".

"Mais j'étais dans cette boutique avant que Hafez al-Assad n'arrive au pouvoir et vous m'y trouverez encore quand son fils Bachar sera mort", assure-t-il.

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