International Mélange des genres et mépris des institutions créent un profond malaise.

Trois semaines après son entrée en fonction, Donald Trump déroute plus que jamais, au point non seulement d’affoler ses détracteurs, mais aussi d’inquiéter ses conseillers et collaborateurs si l’on en croit des fuites dans la presse, inhabituellement nombreuses, en provenance de la Maison-Blanche. Mélange des genres, mépris des institutions, initiatives incohérentes… Le nouveau président des Etats-Unis ne semble rater aucune occasion de renforcer dans leur opinion celles et ceux qui l’estiment inapte à remplir sa mission.

Un tweet dans lequel Donald Trump critique, mercredi, l’enseigne Nordstrom parce qu’elle a décidé de ne plus vendre la ligne de vêtements de sa fille Ivanka pourrait prêter à sourire par son infantilisme, s’il ne soulevait la question plus grave du conflit d’intérêts tant redouté dans le cas d’un homme d’affaires porté à la tête de la première puissance mondiale. Elle illustre par ailleurs une propension à l’intimidation qui apparaît de plus en plus déplacée.

Le Président y a recours également dans le bras de fer engagé avec la Justice à propos de son décret interdisant temporairement l’accès du territoire américain aux réfugiés et aux ressortissants de sept pays musulmans. Après avoir traité de "soi-disant juge" le magistrat James Robart qui en a suspendu l’exécution, puis reproché à la Cour d’appel, saisie d’un recours de la Maison-Blanche, de ne pas se rallier d’office à des arguments que "même un mauvais élève de l’école secondaire pourrait comprendre", il a appelé l’opinion américaine à rejeter sur les juges la responsabilité "de ce qui pourrait arriver" si l’on prive ainsi le pays, selon lui, des moyens d’assurer sa sécurité.

Des propos "démoralisants"

De façon a priori surprenante, la méthode a été dénoncée par Neil Gorsuch, celui-là même que Donald Trump a nommé la semaine dernière à la Cour suprême. Dans un entretien avec le sénateur démocrate Richard Blumenthal, il a qualifié les propos du Président de "démoralisants" et "décourageants". Certains ont trouvé la condamnation bien faible de la part d’une sommité du monde judiciaire américain. D’autres suspectent une manœuvre pour se gagner la sympathie des Démocrates dans la perspective des prochaines auditions au Sénat. Il n’empêche qu’on ne se rappelle pas d’un (futur) juge à la Cour suprême qui ait pris ainsi ses distances à l’égard du Président qui l’avait nommé.

Ni, ajoute le "Washington Post", d’un Président qui ait ainsi donné à un juge des raisons de le faire. Car ce qui frappe les observateurs, c’est l’isolement d’un Président plus que jamais replié sur un noyau de proches et de comparses. La laborieuse composition de son gouvernement en témoigne, avec des auditions au Sénat émaillées d’incidents eux aussi sans guère de précédents dans les annales.

Une sénatrice réduite au silence

Mardi, c’était Betsy DeVos, ministre de l’Education sans aucune expérience, qui ne devait sa confirmation par le Sénat qu’au vote décisif du vice-président Mike Pence - une première dans l’histoire des Etats-Unis. Mercredi, c’est son collègue à la Justice, Jeff Sessions, qui arrachait l’approbation des sénateurs (majorité contre opposition) après une altercation peu banale : la sénatrice démocrate Elizabeth Warren a été réduite au silence par le chef de la majorité républicaine, Mitch McConnell, pour avoir lu une lettre de la veuve de Martin Luther King dans laquelle, en 1986, celle-ci jugeait Sessions indigne du poste de juge fédéral qu’il convoitait en raison d’un passé entaché de discrimination raciale.

Il y a, certes, un règlement du Sénat qui interdit à ses membres de s’insulter. Il n’est, toutefois, jamais invoqué. Qu’il l’ait été cette fois contribue à projeter l’image d’un pouvoir républicain désespérément allergique à toute forme de contestation ou de remise en cause.