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Avec un peu plus de la moitié des Américains dans les isoloirs, peut-on encore parler de réelle victoire de la démocratie? Et cette faible participation a-t-elle été prépondérante dans la victoire de Trump? Emilie Van Haute, politologue à l’ULB et membre du Centre d’études de la vie politique (Cevipol), nous livre son éclairage.

La participation au scrutin présidentiel s'est élevée à seulement environ 54% (soit autour de 46% d'abstention), soit le moins bon score depuis l'an 2000 et la victoire de Bush Jr. face à Al Gore.

D'après le site The United States Elections Project, les premiers chiffres révèlent que, parmi les électeurs, 25,6 % ont porté leur choix sur Hillary Clinton, 25,5 % sur Donald Trump et 1,7 % sur Gary Johnson.

Si on observe une baisse de la participation lors ce scrutin en 2016 comparativement à ceux des "années Obama", notamment en 2008 où il avait atteint un record (57.1%), il ne faut pas non plus dramatiser ce résultat puisqu'il s'inscrit dans la moyenne des élections des années 2000 (54,4%). En effet, comme le rappelle Le Monde, aux présidentielles US, la participation a également été déjà bien inférieure à 54%, et ce, à cinq reprises dont le plus bas date de 1996 avec 49%. Soit l'élection de Bill Clinton.

Haut taux d'abstention : La faute à des mesures discriminatoires?

Mais comment expliquer que l'effervescence qui entoure l'élection présidentielle US ne se traduise pas dans les bureaux de vote? "Un premier paramètre qui explique le taux de participation très faible de ce scrutin par rapport à d'autres démocraties est lié aux réglementations très pointues pour les votants. Déjà, le nombre d'individus américains déchus de ses droits civiques est très important: la population carcérale aux USA constitue un quart de la population carcérale dans le monde. Cela représente donc toute une partie de la population qui n'a pas le droit de voter, ce qui n'est pas négligeable", souligne Emilie Van Haute.

D'autre part, une autre raison d'ordre institutionnelle tend à appuyer ce constat. La politologue de l'ULB explique que "depuis la victoire d'Obama en 2008, les critères pour voter ont été durcis dans de nombreux Etats à tendance républicaine, si bien que certaines mesures en deviennent presque discriminatoires. En effet, les citoyens doivent prouver leur identité via plusieurs documents: la carte d'identité ainsi que le permis de conduire par exemple. Mais beaucoup de gens, principalement les plus démunis, ne disposent pas toujours de ces pièces, ce qui les empêche de voter".

Enfin un dernier aspect pour expliquer cette désertion des urnes concerne les bureaux de vote eux-mêmes. "Il y a de nombreuses inégalités entre les bureaux de voteen fonction de leur position géographique. Pour certains, en ville, le temps d'attente peut se révéler excessivement long, ce qui décourage de très nombreux électeurs. D'autant qu'au-delà du vote présidentiel, il faut voter également pour le Sénat et d'autres scrutins à suffrage direct. Tout cela est complexe et prend du temps", note la chercheuse.

Hillary pas assez homogène, plus de mobilisation pour Donald

Avec un peu plus de la moitié des Américains dans les isoloirs, peut-on encore parler de réelle victoire de la démocratie? "Les opposants au système des grands électeurs tel qu'il est d'application pointent cette anomalie d'autant que c'est la cinquième fois dans l'histoire des Etats-Unis qu'un Président élu ne l'est pas dans le même temps au suffrage direct (Ndlr: Hillary Clinton a recueilli 200.000 voix de plus que le candidat républicain). Les précédents remontent à l'élection de 2000 et la victoire de Bush Jr. sur Al Gore et trois fois au 19e siècle", pointe Emilie Van Haute. "Ce système favorise les voix homogènes sur l'ensemble du territoire. Or, Hillary Clinton glane des résultats impressionnants sur les côtes, notamment en Californie, mais a perdu par de très légers écarts des Etats importants."

Au final, cette faible participation a-t-elle été prépondérante dans la victoire de Trump? "Non, je dirais plutôt qu'elle a été simplement défavorable à Clinton. Bien évidemment, c'est dans les Swing States (Etat-pivot) où Trump est parvenu à mieux mobiliser son électorat que l'on observe les taux de participation les plus élevés car c'est là que les gens se sentent les plus concernés et se disent 'mon vote va compter', bien plus qu'ailleurs."

Les chiffres corroborent d'ailleurs ce phénomène sociologique puisque d'après Le Monde, il y avait plus de 60% de participation en Floride (64 %), en Pennsylvanie (61,4 %), en  Caroline du Nord (63,5 %) et dans le Wisconsin (68,1 %).