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La Chine a promis vendredi de réagir par des représailles "immédiates" en cas de droits de douane américains alors que l'administration Trump s'apprête à dévoiler une liste définitive des marchandises chinoises susceptibles d'être frappées de tarifs punitifs dans le cadre de son bras de fer commercial avec Pékin.

Le président américain a, selon le Wall Street Journal, approuvé le document jeudi soir à l'issue d'une réunion avec ses conseillers commerciaux.

L'administration américaine s'était fixée le 15 juin comme date limite pour publier cette liste, une date qui intervient alors qu'elle est engagée dans une double course diplomatique.

Elle a à la fois besoin de Pékin pour aider à faire avancer ses efforts sur la dénucléarisation nord-coréenne mais s'oppose en même temps à tous ses partenaires dans une guerre commerciale quasiment déclarée.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a d'ailleurs échangé jeudi à Pékin des propos assez durs avec son homologue chinois Wang Yi qui a exhorté Washington à éviter une approche "perdante" pour les deux partenaires.

Pékin s'est redit prêt vendredi à réagir "immédiatement" à des tarifs punitifs américains.

"Si les Etats-Unis adoptent des mesures protectionnistes unilatérales nuisant aux intérêts chinois, alors nous réagirons immédiatement" pour "protéger nos droits et intérêts légitimes", a martelé Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Le régime communiste pourrait notamment s'attaquer aux produits agricoles américains, dont le soja.

Outil de négociation? 

Cependant, pour Dennis Wilder, expert de l'Extrême-Orient à l'Université de Georgetown, "on assiste à un processus de négociations dans lequel l'équipe Trump a constaté qu'en continuant à faire pression sur la Chine, les offres s'amélioraient de plus en plus".

"Je suppose que l'administration Trump annoncera la liste sans la mettre en oeuvre" immédiatement "voulant laisser davantage de temps aux Chinois", affirme à l'AFP cet ancien haut fonctionnaire de la CIA en Asie.

M. Trump avait annoncé en mars que les Etats-Unis imposeraient des droits de douane de 25% sur environ 50 milliards de dollars d'importations chinoises, en se concentrant sur des secteurs qu'ils estiment victimes de détournement de propriété intellectuelle.

Une liste préliminaire d'environ 1.300 produits chinois exportés a été publiée en avril par le représentant américain au commerce Robert Lighthizer. Quelque 70% des biens désignés relevaient principalement de trois secteurs: des composants de réacteurs nucléaires, des machines électriques et des équipements d'optique.

Selon la chaîne d'informations financières CNBC, la liste finale se limiterait toutefois à 800 ou 900 produits.

'Perplexité chinoise' 

Il n'était pas clair jeudi quand les taxes douanières américaines entreraient en vigueur, la Maison Blanche ayant déclaré le mois dernier que la liste serait annoncée le 15 juin et que les droits de douane seraient imposés "peu de temps après".

"Je pense que les Chinois restent perplexes sur les demandes de l'administration Trump", estime Nicholas Lardy, spécialiste de l'économie chinoise auprès du Peterson Institute for International Economics (PIIE).

M. Trump a préservé in extremis le géant chinois des télécommunications ZTE de sanctions américaines imposées en avril, qui ont mené ce groupe au bord de la faillite.

Ce revirement de l'administration a soulevé l'indignation des Républicains au Congrès.

Dans la foulée, la Maison Blanche a d'abord déclaré une trêve dans les hostilités commerciales avec la Chine avant de décider quelques semaines plus tard de relancer la question des droits de douane.

"Si on avait laissé ZTE s'effondrer, on aurait fait face à des représailles", explique Derek Scissors, expert de l'économie chinoise auprès de l'American Enterprise Institute. Mais pour lui, qui se dit "fervent critique de la Chine sur le commerce", des taxes sur 50 milliards de dollars de produits "ne vont pas changer grand-chose".

D'autres analystes soulignent les objectifs contradictoires que poursuit l'administration américaine en cherchant à la fois un accord sur la Corée du Nord avec l'appui de Pékin et des concessions économiques chinoises.

"Le danger, si M. Trump va trop loin, c'est que les Chinois finissent par lâcher leur pression sur la Corée du Nord", ajoute Nicholas Lardy.