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Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi une opération militaire en cours contre la Syrie, menée avec la France et le Royaume Uni pour punir le régime de Bachar al-Assad qu'il accuse d'une attaque à l'arme chimique.

"Une opération conjointe est en cours avec la France et le Royaume Uni, nous les remercions tous les deux", a dit M. Trump lors d'une brève allocution depuis la Maison Blanche.

Au moment même où le président s'exprimait, des détonations étaient entendues à Damas, selon un correspondant de l'AFP sur place.

"La défense anti-aérienne syrienne" est entrée en action contre "l'agression américaine, britannique et française", a rapporté la télévision étatique syrienne, alors que des témoins ont rapporté à l'AFP que des colonnes de fumée s'élevaient du nord-est de Damas.

Donald Trump a dénoncé les attaques chimiques "monstrueuses" menées par le régime de Damas et a promis que l'intervention comprenant des "frappes de précision" durerait "aussi longtemps qu'il le faudrait".

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Plus de 100 missiles selon la Russie

Ces frappes conjointes impliquant les forces américaines, françaises et britanniques ont utilisé aussi bien des avions, que des missiles lancés depuis des navires, selon une source américaine relayée par l'AFP.

Le responsable, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a confirmé que des avions de combat avaient participé aux frappes annoncées par le président américain Donald Trump depuis la Maison Blanche.

Une opération périlleuse pour les pilotes, car la Russie a positionné des systèmes de défense anti-aériens S-400, hautement sophistiqués, dans des bases en Syrie.

Les Etats-Unis et leurs alliés ont tiré plus de 100 missiles sur la Syrie, et "un nombre significatif" d'entre eux ont été interceptés par les forces syriennes, a affirmé samedi le ministère russe de la Défense.

"Plus de 100 missiles de croisière et missiles air-surface ont été tirés par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France depuis la mer et l'air sur des objectifs syriens militaires et civils", a indiqué le ministère dans un communiqué cité par l'agence de presse officielle RIA Novosti. "Un nombre significatif" de ces missiles ont été abattus par la défense aérienne syrienne, a ajouté le ministère russe.

Plusieurs sites ciblés

Les Britanniques ont indiqué avoir frappé un complexe militaire - une ancienne base de missiles - à 24 kilomètres à l'ouest de Homs, "où le régime est supposé conserver des armes chimiques".

Le président français Emmanuel Macron a souligné que les frappes françaises étaient "circonscrites aux capacités du régime syrien permettant la production et l'emploi d'armes chimiques".


Selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, les forces occidentales ont visé trois cibles liées au programme d'armement chimique syrien, l'une près de Damas et les deux autres dans la région de Homs, dans le centre de la Syrie.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), des centres de recherche scientifique, "plusieurs bases militaires" et des locaux de la garde républicaine à Damas et ses environs ont été pris pour cibles.

La télévision d'Etat syrienne a rapporté des "informations" selon lesquelles un "centre de recherches" dans le quartier de Barzé, dans le nord-est de Damas, avait été visé.

Les alliés ont selon le Pentagone pris soin d'éviter de toucher les forces russes, massivement présentes dans le pays.

La télévision d'Etat syrienne a affirmé que des missiles avaient été "interceptés" à Homs.

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De Londres, la première ministre britannique Theresa May a affirmé qu'il n'y avait "pas d'alternative à l'usage de la force", assurant que "tous les recours diplomatiques" avaient été explorés, en vain. Le ministère britannique de la défense a parlé d'opération "couronnée de succès", dans un communiqué.

Depuis Paris, le président français Emmanuel Macron a souligné que les frappes françaises étaient "circonscrites aux capacités du régime syrien permettant la production et l'emploi d'armes chimiques".

"Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l'emploi d'armes chimiques", a-t-il martelé.

Cette opération est "légitime", "proportionnée et ciblée", a déclaré samedi le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. "La France va très vite reprendre des actions politiques (...) visant à obtenir un cessez le feu sur l'ensemble du territoire syrien et l'accès humanitaire aux populations civiles. Un plan de sortie de crise doit être trouvé avec une solution politique", a-t-il ajouté.

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"L'escalade chimique en Syrie n'est pas acceptable", a affirmé M. Le Drian au cours d'une déclaration au palais de l'Elysée avec la ministre de la Défense Florence Parly. "Nous avons pris acte du blocage au conseil de sécurité des Nations Unies. Le régime de Bachar al-Assad a choisi de briser le tabou de l'arme chimique. Il n'hésite pas à violer le droit international", s'est-il indigné. "La fabrication et l'utilisation de ces armes constituent une menace pour la paix. Ceux qui y contreviennent se mettent d'eux-mêmes au ban des nations. Le régime de Bachar al-Assad savait à quoi il s'exposait en utilisant ces armes odieuses contre son peuple."

Donald Trump a mis en garde l'Iran et la Russie, qui ont déployé des milliers d'hommes et du matériel pour aider Bachar al-Assad à reconquérir le pays, contre leurs liens avec la Syrie.

La Russie a "trahi" sa promesse

M. Trump a exhorté Moscou "à quitter la voie sinistre" du soutien à Bachar al-Assad. Il a affirmé que la Russie avait "trahi ses promesses" de 2013 sur l'élimination des armes chimiques syriennes.

Il a aussi estimé que le sort des pays de la région était entre les mains de leurs habitants et qu'aucune intervention militaire américaine ne pourrait, à elle seule, apporter une "paix durable".

En avril 2017, Donald Trump avait fait bombarder une base militaire syrienne, en riposte à une attaque au gaz sarin imputée au régime, qui avait tué plus de 80 civils à Khan Cheikhoun (nord-ouest).

Cette fois encore, c'est une attaque chimique présumée --le samedi 7 avril à Douma, près de la capitale syrienne-- qui est à l'origine des frappes déclenchées dans la nuit de vendredi à samedi après une mobilisation de la communauté internationale, déjà saisie par l'horreur d'une guerre civile qui a fait plus de 350.000 morts depuis mars 2011.

Le bombardement intervient quelques heures seulement après que le Département d'Etat a assuré avoir "la preuve" de l'utilisation d'armes chimiques par les forces de Bachar al-Assad.

Le ministère russe de la Défense a annoncé samedi qu'aucune des frappes occidentales en Syrie n'avait atteint les abords des bases aérienne et navale russes sur le territoire syrien. "Aucun des missiles de croisière tirés par les Etats-Unis et par leurs alliés n'est entré dans la zone de responsabilité des défenses aériennes russes qui protègent les installations à Tartous et à Hmeimim", a indiqué le ministère dans un communiqué cité par l'agence de presse d'Etat RIA Novosti. Les forces russes disposent d'une base navale à Tartous et d'une base aérienne à Hmeimim.