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Si tous les dirigeants africains ne comptaient pas - comme le président congolais Joseph Kabila - sur une victoire de Donald Trump pour améliorer leurs perspectives d’avenir, beaucoup ont bien accueilli son élection.

Les présidents républicains ont en effet moins tendance que leurs homologues démocrates à imposer leur conception des droits de l’homme aux autres Etats - même à ceux qui n’ont pas de pétrole. La victoire de l’homme d’affaires américain a donc été bien accueillie par les pays du continent qui ont eu maille à partir sur ce sujet avec l’administration Obama, le Burundi ayant été le premier à la saluer.

Déchirer sa "green card" ?

A cela s’ajoute la déception, largement répandue sur le continent, devant le peu d’avantages concrets tirés par l’Afrique de l’accession au poste d’homme le plus puissant du monde du demi-Kenyan qu’est Obama.

Il y a pourtant eu des réactions marquées. Telle celle du prix Nobel de littérature, le Nigérian Wole Soyinka, qui avait promis de déchirer la "green card" l’autorisant à vivre aux Etats-Unis si Trump l’emportait. Les internautes nigérians, sarcastiques, demandent aujourd’hui à voir ce geste grandiloquent…

Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia, a certainement déploré sincèrement la défaite d’Hillary Clinton : la chef d’Etat est elle-même américano-libérienne, a passé la plus grande partie de sa vie aux Etats-Unis, où elle fut haut fonctionnaire à la Banque mondiale, et est très marquée par l’establishment américain que dit combattre Trump.

Les citoyens africains ont peu réagi publiquement aux promesses de campagne de M. Trump affirmant qu’il allait déporter 11 millions de sans-papiers - dont des Africains - et durcir les règles permettant aux musulmans - donc aussi à des Africains - d’entrer sur le territoire américain. Ce sont principalement des jeunes gens espérant poursuivre des études aux Etats-Unis qui ont exprimé publiquement leur inquiétude.

Même les Nigérians - réputés avoir été évoqués par le candidat républicain à la présidence, alors qu’il a parlé, en réalité des "musulmans" - accusés, au même titre que les Mexicains, de "voler les emplois" des Américains, n’ont pas tourné le dos à M. Trump. Une lecture des échanges sur les réseaux sociaux montre en effet que certains Nigérians des Etats-Unis préféraient le Républicain en raison de la défense des homosexuels par Hillary Clinton. Oui, les sociétés africaines sont très conservatrices.

La lutte contre Boko Haram ?

Même si nombre de fausses déclarations lui ont été attribuées par des sites Internet au sujet des Africains, Donald Trump a en réalité très peu évoqué le continent dans ses prises de position. C’est même ce qui inquiète beaucoup d’observateurs.

D’autres craignent que Trump "déchire" le traité commercial liant certains pays africains aux Etats-Unis (AGOA, qui a notamment profité à l’Afrique du Sud) comme il a promis d’en déchirer d’autres, qu’il juge trop peu favorables à son pays.

Enfin, dans le Sahel, certains se demandent s’il va ou non maintenir les bases militaires créées par ses prédécesseurs pour lutter contre le djihadisme.