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Le photo-journaliste français Mathias Depardon, expulsé le 9 juin dernier vers la France après un mois en détention en Turquie, a dépeint lors d'un échange avec la presse à Bruxelles un véritable "climat de terreur" qui pèse lourdement sur la liberté d'expression des journalistes. "Le régime tente de museler toute opposition en Turquie et on se retrouve dans une chasse aux sorcières", regrette-t-il, soulignant que cette expérience "n'affectera pas" la façon dont il fera son travail. "J'ai passé 30 jours en prison, les autres journalistes souvent beaucoup plus et sans l'important soutien dont j'ai fait l'objet", a-t-il tout d'abord tenu à affirmer face aux journalistes, à l'occasion d'une rencontre organisée par la Fédération européenne des journalistes (FEJ) et Reporters sans frontières (RSF).

L'état d'urgence instauré depuis la tentative de coup d'Etat en Turquie est toujours en vigueur depuis près d'un an, a-t-il rappelé. "Le pays vit une période de purges sans précédent: 150.000 personnes ont été limogées, 45.000 arrêtées, 775 cartes de presse ont été annulées et 149 médias fermés en moins d'un an".

Mathias Depardon avait été arrêté le 8 mai alors qu'il effectuait un reportage dans le sud-est de la Turquie au motif qu'il travaillait sans la carte de presse qui doit normalement être délivrée par les autorités turques. Le journaliste expliquera par la suite à son arrivée en France avoir été accusé de propagande terroriste et soutien à des groupes terroristes. Il dénonce une arrestation "arbitraire", sans "aucune preuve des accusations portées".

Lors de son arrestation, il est d'abord placé en isolement dans le centre de rétention de Gaziantep. Le photo-journaliste entamera ensuite une grève de la faim de six jours après une première semaine dans le centre. "C'était une manière pour moi de faire bouger les choses. J'étais confiant, mais j'étais également conscient que c'était un vrai coup de poker."

Plusieurs semaines après son arrestation, le 3 juin, le président français Emmanuel Macron a demandé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan le retour de Mathias Depardon en France. "La difficulté vient du fait de ne pas savoir combien de temps la situation va encore durer. C'est l'incertitude qui est difficile", relate-t-il dans un contexte où les visites sont rares et où le règlement pour communiquer avec l'extérieur "change chaque semaine".

Malgré son expérience, Mathias Depardon estime que cela n'affectera pas la façon dont il fera son travail. Mais il appelle la presse européenne à être plus proche des journalistes turcs et de leur combat pour la liberté d'expression. "Les arrestations sont médiatisées en Turquie", souligne-t-il.

Plus d'une centaine de journalistes turcs sont actuellement incarcérés en Turquie et le gouvernement cible parfois les correspondants étrangers. Un pays qualifié par RSF de "plus grande prison du monde pour les professionnels des médias".