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Karel de Gucht, nouveau commissaire européen au Développement habitué des couacs diplomatiques, est attendu au tournant, en particulier par Kinshasa qui avait suspendu ses relations diplomatiques avec la Belgique après des déclarations du ministre en 2008. "Nous n'avons pas d'objection" à la désignation de M. de Gucht, "s'il se comporte de manière plus respectueuse vis-à-vis de nos dirigeants et nos insitutions, nous collaborerons avec lui", a déclaré à l'AFP le porte-parole du gouvernement de la République démocratique du Congo, Lambert Mende.

"Mais s'il porte atteinte à la dignité de notre peuple, nous le dirons. Nous espérons que les choses seront différentes", a-t-il souhaité. En mai 2008, Kinshasa avait rappelé son ambassadeur en Belgique après des déclarations de M. De Gucht, alors ministre des Affaires étrangères. Une brouille qui avait duré neuf mois.

"Je trouve que nous n'avons pas seulement le droit, mais nous avons l'obligation morale de dire ce qu'on pense de ce qui se passe au Congo, et ça ne va pas du tout dans la bonne direction", avait dit M. De Gucht à la télévision, quelques semaines après avoir déjà dénoncé devant les autorités congolaises la corruption et les "privilèges fabuleux de certains".

"Les relations entre la Belgique et (son ancienne colonie) la RDC sont particulières. En tant que commissaire, il aura une autre fonction", a noté un diplomate européen, semblant ainsi espérer que M. De Gucht tempèrerait un peu son franc-parler dans ses nouvelles fonctions. Il devrait être confirmé par les Etats membres d'ici la fin de la semaine.

"C'est intéressant qu'il succède à Louis Michel pour la deuxième fois", en tant que commissaire au Développement aujourd'hui et en tant que ministre des Affaires étrangères en 2004, "parce que c'est évident que la diplomatie belge a beaucoup souffert il y a cinq ans quand il a remplacé Louis Michel", a affirmé de son côté un responsable d'une ONG qui a préféré rester anonyme. "Il a fait plein de gaffes, c'était désastreux". Et "en même temps, il a dit des vérités", a-t-il tempéré.

"Peut-être qu'il n'a pas encore perfectionné cet art de faire passer des vérités, des vérités qui sont tolérées quand elles sont dites par des amis et pas par des gens non initiés", a-t-il encore ajouté, rappelant que Louis Michel, député européen depuis ce mardi, "connaissait l'Afrique, et les Africains le connaissaient".

En tant que ministre, M. De Gucht, 55 ans, a également pris des décisions "courageuses", a d'autre part estimé Reed Brody, de Human Rights Watch, évoquant en particulier la plainte de la Belgique devant la Cour pénale internationale en février dernier pour exiger que le Sénégal juge ou extrade l'ancien président tchadien Hissène Habré. D'autres attendent que le nouveau commissaire ose aussi parler franchement aux Etats de l'UE, de plus en plus réticents en pleine crise économique à débloquer de l'argent frais pour les pays pauvres.

Louis Michel n'a pas hésité à dénoncer cette attitude des capitales et "le même problème va se répéter dans les mois à venir, alors il faudra que (Karel De Gucht) sache parler fort", a souhaité Elise Ford, responsable de l'ONG Oxfam à Bruxelles.

Interrogé sur son successeur, qui ne s'est jamais privé de le critiquer, Louis Michel lui a simplement souhaité "bonne chance". "Je considère que c'est un homme intelligent, compétent, et qui peut parfaitement faire un travail de commissaire dans n'importe quel compétence", a-t-il assuré à l'AFP.