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Au moins deux personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées samedi dans une fusillade dans l'ouest de l'Ukraine entre des ultranationalistes lourdement armés du groupe paramilitaire Pravy Sektor et les forces de l'ordre.

Le bilan de cette fusillade, survenue dans la ville de Moukatchevé, à moins de 50 kilomètres des frontières hongroise et slovaque, restait incertain dans la soirée.

Un conseiller du ministre de l'Intérieur a fait état de trois militants nationalistes tués et de sept blessés - trois policiers et quatre civils -, tandis que le ministère a confirmé les blessés en évoquant un mort. Le Parquet fait monter pour sa part le bilan des blessés à 14.

Pravy Sektor a de son côté rapporté dans un communiqué la mort de deux de ses combattants, affirmant avoir été attaqué par des "bandits" affiliés à un député qualifié de "trafiquant de drogue" et accusant les policiers d'être à la solde d'un homme politique prorusse.

Une source au sein des forces de l'ordre a de son côté affirmé à l'AFP que l'incident avait débuté lors d'une rencontre dans un café de Moukatchevé des militants de Pravy Sektor avec des "criminels" locaux cherchant à se "partager les sphères d'influence".

Une querelle suivie d'un échange de tirs a ensuite éclaté, a précisé le parquet régional dans un communiqué. Arrivée sur les lieux, la police a essuyé des tirs de lance-grenade et d'armes de guerre de différents calibres.

Un photographe de l'AFP a vu trois véhicules de police calcinés sur les lieux du drame.

Les autorités ont lancé une "opération spéciale" pour désarmer le groupe dans la région, qui a été "encerclé" et invité à "se rendre", a indiqué le ministère de l'Intérieur, qui a ensuite annoncé l'envoi des forces spéciales de la Garde nationale sur les lieux de l'incident.

Pravy Sektor a de son côté affirmé que ses militants "avaient percé l'encerclement et s'étaient repliés dans les montagnes". Une centaine de ses membres ont manifesté dans la soirée devant le siège de la présidence à Kiev, exigeant l'arrêt des opérations visant leurs camarades dans l'Ouest.

Cet incident met en lumière le problème du trafic d'armes dans le pays, en proie depuis quinze mois à un meurtrier conflit armé dans l'est séparatiste prorusse, et celui posé par le retour à la vie civile des volontaires combattant contre les rebelles aux côtés de l'armée ukrainienne.

"C'est un grand défi pour le pouvoir: il y a un nombre considérable de volontaires bien armés qui de facto ne lui obéissent pas", a commenté pour l'AFP l'expert Anatoli Oktysiouk du Centre international des études politiques à Kiev. "Les autorités doivent reconnaître qu'énormément d'armes illégales circulent dans le pays", a-t-il poursuivi.

Totalement inconnu il y a deux ans, Pravy Sektor avait acquis une grande popularité auprès des manifestants sur le Maïdan à Kiev. Faisant pleuvoir pavés et cocktails Molotov sur les policiers, ce groupe a radicalisé la contestation pro-occidentale qui s'est soldée au bout de trois mois par un bain de sang et entraîné la chute du régime prorusse de Viktor Ianoukovitch en février 2014.

Qualifié de "fasciste" par les médias publics russes et les habitants des régions prorusses de l'Est de l'Ukraine, Pravy Sektor, dont deux responsables ont été élus au Parlement en octobre dernier, se dit "nationaliste, mais pas fasciste" tout en étant ouvertement homophobe.