International La ville des Cariocas s’enfonce dans le rouge et le mécontentement gronde.   

Chez Mirian de Oliveira Bustilho, on peut enfin souffler. Après plusieurs mois de chômage, cette jeune femme de 32 ans, installée avec sa famille à Nova Iguaçu, une grande ville de la banlieue de Rio de Janeiro, a enfin retrouvé un poste d’analyste logistique. Les coupures d’électricité à répétition ne sont plus qu’un mauvais souvenir : elle et son mari ont enfin pu s’acquitter de toutes les factures impayées, qui s’accumulaient. "Et encore, nous avons eu de la chance pour l’école de nos enfants : la directrice a accepté de reporter le paiement de nos mensualités. Beaucoup de collègues de mon mari ont leurs enfants scolarisés ici et eux aussi ont eu le droit à un délai", explique-t-elle.

Le mari de Mirian n’a jamais été au chômage. Mais en octobre dernier, comme près de 200 000 fonctionnaires de l’État de Rio de Janeiro, soit la moitié des effectifs, ce policier a commencé à recevoir son salaire en retard, puis à être payé en plusieurs fois. En juillet, certains d’entre eux ont reçu les dernières tranches de leur fiche de paie d’avril. Quant au paiement du treizième mois et des heures supplémentaires effectuées pendant les Jeux olympiques, beaucoup attendent encore. "J’avais été licenciée peu de temps auparavant et notre situation est alors devenue très compliquée. En attendant de retrouver du travail, j’ai réussi à gagner un peu d’argent en vendant de la lingerie à l’approche de la Saint-Valentin et des sachets de bonbons pour les fêtes d’anniversaire", se souvient Mirian.

Pas de rentrée à l’université de Rio

L’heure n’est plus à la fête dans la "Cité merveilleuse", dont les caisses sont désespérément vides. Santé, éducation, sécurité, tous les secteurs manquent de moyens. Dans les commissariats, il n’est pas rare que les policiers ne puissent enregistrer une plainte, faute de papier dans l’imprimante.

Quant aux Cariocas qui n’ont pas de quoi se payer une bonne mutuelle santé, mieux vaut éviter de tomber malade. "Plusieurs fois, j’ai dû m’occuper moi-même de la toilette de ma tante, hospitalisée depuis plusieurs semaines, car il n’y avait pas assez de personnel. Et à part des soupes, on ne sert presque plus rien à manger aux patients, je dois aussi lui apporter son repas", témoignait en septembre dernier un habitant de Rio devant l’hôpital d’État Getúlio Vargas, dans la zone Nord de la ville, avant d’ajouter, dépité : "Ici, c’est un vrai mouroir."

Les étudiants aussi se retrouvent sur le carreau. Le recteur de l’université d’État de Rio de Janeiro (UERJ) a décidé de reporter la reprise des cours, prévue début août. "La situation est dramatique, c’est même humiliant de voir comment le gouvernement traite les fonctionnaires de l’université", expliquait le recteur Ruy Garcia Marques, interviewé par une chaîne brésilienne.

Le personnel et les professeurs ne reçoivent plus de salaire depuis mai et les aides financières pour les étudiants boursiers n’ont pas été versées. "Certains n’ont même plus d’argent pour venir jusqu’ici ou pour se payer à manger", s’est indigné le recteur, rappelant que les étudiants avaient déjà un semestre de retard, suite à une grève des professeurs avant les Jeux olympiques.

Des millions détournés

À l’époque déjà, ils réclamaient davantage de moyens. L’État de Rio doit aujourd’hui près de 100 millions d’euros à l’institution et à ses sous-traitants, chargés de l’entretien et de la manutention des locaux. Le restaurant universitaire n’a pas non plus rouvert : aucune entreprise n’a souhaité participer à l’appel d’offres, par crainte de ne pas être payée.

Les Jeux olympiques ont donc laissé un goût amer aux Cariocas, qui ne sont pour autant pas surpris par l’ampleur de ce déficit, dans un contexte de crise économique nationale aggravée par la chute des recettes liées aux royalties pétrolières.

Déjà en juin 2016, deux mois avant la cérémonie d’ouverture dans le mythique stade du Maracana, Brasilia avait dû voler au secours de Rio avec une aide d’urgence de près d’un milliard d’euros pour payer les heures supplémentaires des policiers et surtout conclure les travaux de la nouvelle ligne de métro, indispensable pour accéder au parc olympique.

Une ligne de métro qui aura coûté trois fois plus cher que prévu et qui fait aujourd’hui polémique. La justice enquête en effet sur la surfacturation des grands projets d’infrastructure liés à l’organisation des Jeux olympiques, utilisée pour verser des pots-de-vin à des caciques politiques. Des dizaines de millions d’euros auraient ainsi été détournés des caisses publiques. Une affaire qui ne surprend même pas les habitants de Rio. Résignés, ils attendent désormais un nouveau coup de pouce de Brasilia.